Pourquoi Jacques Cœur a-t-il marqué l’histoire ?

Qui était Jacques Coeur, grand argentier du royaume ?

Quelle réussite tout de même, des comptoirs marchands qui couvrent tout l’ancien monde jusqu’en Égypte, des chantiers navals, des mines d’argent, des foires entières, des princes pour débiteurs, le roi de France lui-même pour confident et pour protecteur. Vingt-cinq propriétés fastueuses dont le château de Saint-Fargeau, des hôtels en ville, dont le somptueux palais de Bourges qui porte son nom : le Palais Jacques Coeur. A vaillant cœur, rien d’impossible dit sa devise, certes, reste à savoir comment ce personnage en est arrivé là. Gravissant marche à marche le degré de la gloire avant de chuter d’autant plus durement. Avant tout, reconnaissons-le, notre personnage n’a pas vu le jour n’importe où, n’importe quand. Il est né à peu près au moment où Charles VI devenait fou, à la toute fin du XIVe siècle, en pleine Guerre de Cent Ans, dans une période de grands troubles et même d’anarchie où tout était à faire, où tout était à reconstruire.

Jacques Coeur est originaire de l’Allier, puis sa famille va s’installer dans la capitale du Berry pour faire fortune. Son père, Pierre Coeur, va prospérer en vendant de la fourrure au duc de Berry. En 1418, le duc de Berry est le futur Charles VII, dauphin du royaume de France. Il va mener la reconquête du royaume, alors sous domination Bourguignonne, depuis le Berry.

Portrait de Jacques Coeur
Jacques Coeur

Jacques Cœur naît vers 1400 à Bourges dans une famille de commerçant aisée. Son père, marchand pelletier travaille pour le duc Jean de Berry, frère du roi Charles V. Son mariage avec Macée de Léodepart, fille du prévôt de la ville, lui permet d’exercer dans le milieu de la monnaie. Suite à son premier voyage au Proche-Orient en 1432, Jacques Coeur décide de créer une flotte commerciale afin de ne plus passer par l’intermédiaire des Italiens. Il installe ainsi le commerce maritime français sur le bassin méditerranéen. Épices, soieries, or et pierres précieuses seront les produits destinés à la cour royale. Nommé argentier du roi Charles VII en 1438, équivalent de ministre des finances, puis anoblit trois ans plus tard, Jacques Coeur est au sommet de son ascension sociale et ses nombreuses fonctions lui confèrent un pouvoir considérable.

Les fonctions importantes s’accumulent pour Jacques Coeur. En 1441, il prend la fonction de commissaire royal auprès des états du Languedoc. En 1442, il entre au Conseil du roi. En 1445, il obtient la charge de visiteur général des gabelles en Languedoc.

Très vite, sa fortune va être mise au service de la politique royale. Dans les années 1450, il va aider le souverain français à reconquérir la Normandie occupée par les Anglais. Devenir le créancier du roi est un prestige important mais peu rapidement s’avérer risqué.

Jacques Coeur gagne en influence

Être immensément riche permet de gagner en influence, allant même jusqu’à obtenir la confiance de la maîtresse du roi, Agnès Sorel, qui en a même fait son exécuteur testamentaire. Le riche marchand, par les belles étoffes qu’il rapporte d’Orient, habille les nobles femmes de la cour. C’est par ce biais qu’il se lie d’amitié avec Agnès Sorel qui lui garantira sa protection et favorisa son commerce.

Jacques Coeur est si riche qu’il prête de l’argent au roi, nous l’avons dit, mais aussi aux puissants seigneurs du royaume. Les ennuis ne vont pas tarder à arriver.

Accusé d’avoir empoisonné Agnès Sorel, le puissant argentier royal est arrêté le 31 juillet 1451. Le procès, qui va durer plus d’un an, va conclure à sa culpabilité. Le 29 mai 1453, Jacques Coeur est reconnu coupable de crimes de lèse-majesté.

Comme si l’empoisonnement ne suffisait pas, un grand nombre de grief lui est reproché :

  • Le commerce de fausse monnaie
  • La vente d’armes aux Sarrasins
  • Le refus de protection d’esclaves récemment convertis au christianisme

Le verdict tombe. Ses propriétés sont confisquées et Jacques Coeur est condamné à trois ans de prison. Au cours de sa captivité, il subira de rudes traitements de la part de ses geôliers. Sa charge d’argentier lui est aussitôt retiré et il est emprisonné au château de Poitiers et est redevable de 400 000 écus. Il échappera à la peine capitale grâce au pape Nicolas V qui affectionnait beaucoup Jacques Coeur depuis le voyage diplomatique que ce dernier avait effectué en 1447, et grâce également aux nombreux services qu’il avait rendus au royaume de France.

L’argentier royal réussit à s’évader de sa prison le 27 octobre 1454. Il prend la fuite vers Limoges puis Beaucaire chez les Frères Franciscains, gagne la Provence et se réfugie auprès du pape à Rome. C’est à ce moment là qu’il va participer à sa dernière grande expédition. En 1453, le nouveau souverain pontife, Calixte III, prépare une croisade contre les Turcs alors en possession de Constantinople. Jacques Coeur est au cœur des préparatifs, il met tout son talent de financier au service de la croisade à venir. Il quitte la ville d’Ostie à la tête d’une flotte d’une trentaine de navires. Il meurt certainement de dysenterie sur l’île de Chios, alors menacée par les Turcs, le 25 novembre 1456. Son corps est enseveli dans le choeur de l’église des Cordeliers qui sera, plus tard, détruite par les Turcs. Quelque temps après la mort de Jacques Coeur, son fils Geoffroy réussit à obtenir la réhabilitation de son père auprès du roi Louis XI.

Le Palais de Jacques Coeur à la mesure de son prestige social.

Alors qu’il est à la tête d’un vaste réseau de comptoirs, il décide de construire dans sa ville natale un hôtel à la mesure de son prestige social. Considéré comme le plus bel exemple d’édifice civil urbain, il sera confisqué par le roi en 1451 après l’arrestation de Jacques Coeur. Propriété privée, puis hôtel de ville et tribunal, le palais va connaître de profondes mutations jusqu’en 1830. C’est en 1923 que l’État acquiert l’édifice. Aujourd’hui, le Centre des monuments nationaux en assure la restauration et l’ouverture à la visite.

C’est en 1443 que l’argentier fait l’acquisition du fief de la seigneurie de La Chaussée avec son donjon, localisé sur l’ancien rempart gallo-romain. La volonté est de construire un édifice à l’image du château du duc Jean du Berry à Mehun sur Yèvre, tout en ayant le confort et la richesse d’une demeure civile. Le chantier débute un an plus tard. Il est suivi par les intendants de Jacques Coeur car les travaux nécessitent une présence permanente que l’argentier ne peut assurer. Huit années ont suffi à bâtir la maison de Jacques Coeur. Ce Palais est un exemple exceptionnel de l’architecture civile gothique flamboyante. C’est aussi la marque d’un tournant historique aux portes de la Renaissance. En témoigne son corps de logis, ses galeries d’hiver et d’été en anse de panier et son décor sculpté. Le corps de logis est rythmé par trois tourelles d’escaliers. La tour d’honneur abrite l’entrée principale, qui dessert les salles d’appart. Richement ornée, ses panneau sculptés représentent des arbres exotiques et des personnages liés au commerce de Jacques Coeur. La tour de gauche permet l’accès aux issues secondaires des salles d’apparat.