Louis X le Hutin abolit le servage [esclavage] en 1315

Bonjour, je vous emmène au XIVe siècle, nous sommes sous le bref règne de Louis X dit le Hutin. Ce douzième roi de la dynastie des Capétiens directs va régner de l’année 1314 à 1316. La situation politique est très difficile. Les révoltes paysannes à l’intérieur du royaume et la guerre contre la Flandre à l’extérieur nécessitent de gros besoins d’argent pour le roi. C’est dans ce contexte que Louis X le Hutin va donner la possibilité aux serfs de son domaine de racheter leur affranchissement. Il va donc publier le 3 juillet 1315, un édit interdisant le servage dans son royaume. Dans quel contexte fut promulgué cet édit et quelles en furent les conséquences ? C’est ce que nous allons voir tout de suite. Mais avant, je tenais à vous remercier pour l’accueil que vous avez réservé à mon premier livre et si vous voulez vous le procurer, cliquez sur le lien en description. Bon épisode. 

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Tout d’abord, précisons les différences majeures entre les deux conditions qu’étaient l’esclavage et le servage. L’esclave était la propriété privé d’un maître, considéré comme un bien meuble, on pouvait le vendre au même titre qu’un animal. Le serf, quant à lui, disposait d’une personnalité juridique, contraint de rester sur sa terre, il devait l’exploiter à son propre compte ou pour celui d’un seigneur. Il pouvait s’affranchir de sa condition en achetant sa franchise. Le seigneur lui devait protection. 

Dès l’An Mille, les rois des francs, sous la pression de l’Église et parfois de leur épouse, commençaient petit à petit à éradiquer le servage. La femme de Clovis II, la reine sainte Bathilde, avait été de celles qui avaient eu une grande influence sur leur royal époux. Son attitude s’expliquait certainement par son passé d’ancienne esclave. Au fil des siècles, les rois de France, soutenus par l’Église, multiplieront les affranchissements de serfs dans leur domaine si bien qu’au début du XIVe siècle, le servage avait quasiment disparu. Louis X va promulguer un édit, le 3 juillet 1315, stipulant que “selon le droit de nature, chacun doit naître franc” c’est à dire libre. Ce qui sera la base de la maxime rendue populaire plus tard dans tout le royaume : “Nul n’est esclave en France”. Cette avancée certes humaniste n’était pas désintéressée car les serfs n’obtenaient leur liberté qu’après l’avoir achetée. Le prix de la liberté avait été considéré, par certains serfs, comme excessif si bien que certains d’entre eux préféraient rester dans leur ancienne condition. Pour y remédier, Louis X promulguera une ordonnance le 5 juillet 1315 l’autorisant à taxer les serfs de son domaine refusant de racheter leur affranchissement. Les liquidités conséquentes, obtenues par ses nombreux affranchissements, permettront notamment à Louis X de poursuivre la guerre contre les Flamands. Cet édit avait le mérite de fixer officiellement et définitivement l’interdiction du servage. Sous l’impulsion de l’Église et des rois, le royaume de France a vu disparaître progressivement l’esclavage puis le servage. L’esclavage réapparaîtra autour du XVe siècle dans les régions du pourtour méditerranéen en relation avec le monde musulman qui pratiquait l’esclavage massivement et sans état d’âme. 

Dès le XVIe siècle, quand débutera la colonisation française en Amérique, les puissants propriétaires, alors éloignés du royaume de France, pratiquèrent l’esclavage en dépit de l’édit de 1315. Les considérations économiques étaient plus fortes que les considérations morales. Ils tentèrent de faire abolir l’édit royal mais sans succès.  Malgré les pressions, le roi et son conseil ne cédaient pas. L’édit de Louis X demeurait toujours valable. 

Au XVIIIe siècle, Siècle des Lumières, toujours animés par des motivations plus financières que morales, les partisans de la liberté économique usèrent de leur influence politique pour tenter de rétablir l’esclavage en France. Louis XVI résista et voulut même aller jusqu’à abolir l’esclavage dans les îles françaises d’Amérique en 1776. En vain… Plus de deux siècles après la mort de Louis XVI, plus de 40 millions de personnes sont encore  tenus en esclavage à travers le monde. 

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