Le toucher des écrouelles : « le roi te touche, Dieu te guérit »

L’apparition de la guérison des écrouelles par le roi de France ne fut pas connue avec précision. Certains chroniqueurs la font remonter au règne de Clovis, un courtisan, brave guerrier atteint de cette maladie d’origine tuberculeuse provoquant des fistules purulentes au cou, avait tout tenté pour s’en guérir ou encore selon Helgaud de Fleury, Robert le Pieux obtint de Dieu la grâce de « guérir les corps de sa très pieuse main touchant les plaies des malades et les marquant du signe de la sainte croix, il les délivrait de la douleur et de la maladie”. Guibert de Nogent, abbé de Nogent-sous-Coucy, en 1124 environ indiquait avoir vu personnellement Louis VI le Gros guérir des scrofuleux en les touchant et en faisant le signe de la croix. Philippe 1er, au XIe siècle, toujours selon Guibert de Nogent, toucha les écrouelles mais perdit ce privilège en raison de certains péchés. A partir de Saint Louis, les textes attesteront de cette prérogative royale.

Comment se déroulait ce rite médiéval d’essence divine ? Tout d’abord, il avait lieu après le sacre du roi et lors de grandes fêtes telles que Pâques ou encore la Pentecôte. Après le sacre, le roi se rendait à l’abbaye de Corbeny dans le Laon non loin de Reims. Les moines allaient à sa rencontre, lui mettaient entre les mains la tête de saint Marcoul (ce saint catholique avait la réputation de guérir les écrouelles), et le souverain la replaçait sur l’autel. Le lendemain, après avoir entendu la messe et reçut la sainte communion car le miracle ne pouvait opérer qu’en état de grâce, une foule de malades l’attendait. Le roi s’approchait d’eux, fit le signe de la croix sur les plaies et prononça : « Le roi te touche, Dieu te guérit. » à la suite de quoi les malades devaient faire une semaine de jeûne et de retraite. Progressivement la coutume de donner en plus une aumône au malade s’instaure. Sans régularité jusqu’au règne de Louis IX, à partir de celui-ci le rituel se déroula un jour par semaine.

Le royaume de France faisait figure d’exception. En 1276, en angleterre, Edouard Ier tenta de reproduire modestement le pouvoir thaumaturge français mais cette prédilection marquée par Dieu ne brillera qu’envers la dynastie des rois de France. D’où provient ce don surnaturel ? Lors du sacre de Reims, le roi était oint par l’archevêque de Reims avec le saint Chrême renfermé dans la sainte ampoule. Apportée par l’ange à l’archevêque, le pouvoir lui est donc conféré par Dieu. Ce privilège ne lui fut donc pas accordé à titre personnel mais à la fonction de roi de France.

En 1610, le jour de son sacre, Louis XIII n’était qu’un jeune roi à peine âgé de 10 ans. La cérémonie était longue et éreintante. Une fois achevée, comme ses prédécesseurs, il quitta Reims pour Corbeny. Le capitaine des gardes fit agenouiller les malades, ils étaient plus de 900 ! L’odeur épouvantable qui émanait des corps fit évanouir le jeune roi à plusieurs reprises. Après quelques moments de repos, il continua son ouvrage royal jusqu’au bout.

La femme de Louis XIV, Marie-Thérèse fit ériger une maison à Poissy. Les malades étaient reçus et logés, ils venaient parfois de loin pour de se faire toucher par le roi. Ils attendaient patiemment le jour pour la cérémonie. Au cour de son règne, Louis XIV toucha près de 200 000 malades

De Louis XIV à Louis XVI, les rois de France firent apporter les reliques de saint Marcoul à l’église de Saint-Rémi. Ils ne se déplaçaient plus à Corbeny. Charles X, après la Restauration, douta de son pouvoir divin, il commença par refuser puis accepta. Il en toucha 130. Le résultat fut le même que tous les autres rois de France.

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