Vertus de saint Remi – Ses miracles

C’est ainsi que Dieu par des grâces extraordinaires coopérait au salut de ceux auxquels s’intéressait le saint évêque Remi. Un jour, dit Flodoard, qu’il avait préparé un païen a recevoir le baptême, celui-ci étant tombé dangereusement malade, le Saint résolut de le lui conférer au plus tôt. Il se fit donc apporter l’huile des catéchumènes, mais le vase qui devait la renfermer se trouva vide. Remi leva les yeux au ciel, se mit en prière, et le vase fut aussitôt rempli. Ce miracle confirma le païen dans sa sainte résolution, ajoute le chroniqueur, il reçut avec le baptême la santé de l’âme et du corps, et devint un fervent disciple de Jésus-Christ.
Parmi les miracles de saint Remi dont les historiens nous ont conservé la mémoire, nous rapporterons les plus célèbres, ceux surtout dont les tapisseries de Robert de Lenoncourt, précieusement conservées dans la basilique, dédiée à notre Saint, et qui servent d’ornement à cette Vie du grand évêque, perpétuent l’inaltérable souvenir.
En 480, dit dom Marlot, le démon, jaloux des prospérités que le zèle et les prières du saint prélat attiraient sur les habitants de Reims, alluma dans la ville un immense incendie. Saint Remi faisait alors ses dévotions dans l’église de Saint-Agricole, dans un coin de laquelle il s’était fait bâtir une cellule, près du tombeau et des reliques de saint Nicaise et des martyrs des Vandales. Le peuple essaie, mais en vain, d’arrêter les progrès des flammes qui gagnent de toutes parts : bientôt la cité ne sera plus qu’un monceau de ruines. Dans leur détresse, les habitants implorèrent le secours du saint évêque, et ne le voyant pas, leur consternation augmente. On le cherche avec empressement, et enfin on le trouve priant dans l’église de Saint-Agricole. On lui apprend la désolante nouvelle, et ce bon Père sensible au malheur de ses chers enfants, redouble ses prières, et levant les yeux et les mains, au ciel :

« Mon Dieu, mon Dieu, entendez ma voix, » s’écrie-t-il ; et il vole pour s’opposer aux flammes. En ce moment même, dit Hincmar, le Seigneur, pour ranimer sa confiance lui donna un témoignage sensible de sa protection ; car descendant les degrés du portail, ses pieds s’impriment sur le pavé et y laissent leurs vestiges, comme s’il eût marché sur le sable ou sur la cire molle. On voyait encore quelques-unes de ces pierres du temps de Flodoard, avant que l’archevêque Gervais n’eût fait rebâtir l’église, et la dévotion des fidèles les a depuis déposées en divers endroits de la ville pour éterniser le souvenir d’un si admirable secours.

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    La charité qui emporte saint Remi, le fait courir, le fait voler. Il arrive à l’intérieur de la ville, se transporte dans le quartier, où le feu faisait le plus de ravage, et s’avançant avec intrépidité, vers l’endroit où son activité était plus violente, il lève la main et faisant le signe de la croix devant les flammes, les poursuit et leur commande au nom de Dieu de se retirer. Ô miracle ! le feu obéit à l’ordre du Saint toutes ces flammes se ramassent sous forme d’un globe ardent que Remi poursuit toujours. Parvenu à l’une des portes de la ville qui était ouverte, le saint évêque commande au globe de feu de sortir par cet endroit qu’il fit fermer pour toujours. Le respect qu’on avait pour le Saint qui parlait d’un air inspiré, engagea les magistrats à faire murer cette porte qu’on laissait ordinairement ouverte alors que toutes les autres étaient fermées, ce qui lui avait fait donner le nom de porte ouverte : mais elle ne s’ouvrit plus depuis cette époque. On raconte qu’un des habitants s’étant plus tard avisé de la faire ouvrir malgré l’ordre du Saint, se vit lui et sa famille assailli de malheurs, et le peuple demeura persuadé qu’on ne peut impunément violer la volonté d’un saint que le ciel aimait jusqu’à lui soumettre les éléments. C’est en souvenir de ce prodige que saint Remi, après avoir consolé ses enfants, fit bâtir une église au même endroit, ainsi qu’il est marqué dans son Testament. Avant la Révolution, cette église servait de chapelle aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, et au-dessus du grand portail était enchâssée une pierre carrée couverte d’une inscription relatant ce grand miracle du saint évêque de Reims.

    Le nom de saint Remi et la réputation de ses miracles avaient depuis longtemps franchi les limites de sa province. Dans toute la Gaule, on connaissait le nouveau thaumaturge. Comme un siècle auparavant saint Martin de Tours, l’homme de miracles, Remi de Reims voyait son nom glorieux voler de bouche en bouche à cause des prodiges qu’il opérait. Un noble seigneur de Toulouse nommé Benoît, parent d’Alaric, roi des Visigoths, avait une fille possédée du démon. En vain l’avait-on conduite près d’un saint personnage afin d’être délivrée, le démon affirma qu’il ne sortirait du corps de l’enfant que par l’intercession et les mérites de saint Remi. Benoît vint donc de Toulouse à Reims, muni de lettres de recommandation du roi des Visigoths, prince arien, mais plein d’estime pour notre Saint. Il s’adresse à l’évêque, se prosterne à ses pieds en le conjurant d’avoir pitié de la misère de sa fille qu’il lui a amenée de si loin. Remi est ému de compassion à la vue d’un si triste spectacle et d’une si grande confiance, mais son humilité proteste longtemps qu’il ne peut rien, qu’il n’est qu’un pauvre pécheur ayant lui-même besoin de prières et de la miséricorde de Dieu. Le peuple de Reims, convaincu de la puissance surnaturelle du saint prélat, se joint au père infortuné, et conjure avec larmes Remi de vouloir bien accorder ce qu’on lui demandait avec tant d’instance.
    Ainsi forcé par les supplications du peuple et les larmes du père, le cœur de Remi se sent touché. Plein de confiance en Dieu, il fait conduire la jeune fille dans l’église de Saint-Jean-Baptiste, et se met en prières. Puis, comme transfiguré, il commande à l’esprit malin : « Je t’ordonne au nom de Jésus-Christ de laisser en liberté cette pauvre créature. » Le démon obéit, mais sa rage fut si grande et si intolérables les douleurs qu’il fit éprouver à la jeune fille en se retirant, que celle-ci mourut une heure après.
    Pour échapper à l’enthousiasme de la foule et à la reconnaissance du noble Benoît, saint Remi, après avoir chassé le démon, s’était retiré dans sa demeure. On lui apporte la triste nouvelle, et avec une grande simplicité, le Saint se plaint filialement à Dieu. La confiance du peuple n’a pas diminué. « Venez, très saint père, lui dit-on, venez achever ce que vous avez commencé. Le Seigneur ne vous a pas donné moins de pouvoir sur la mort que sur l’enfer ; rendez la vie à cette jeune fille, et consolez un père que son extrême affliction à réduit au désespoir ».
    Le Saint se laisse fléchir, suit le peuple qui l’entraîne, retourne à l’église et, se prosternant contre terre, verse un torrent de larmes à la vue du cadavre de l’enfant. « Seigneur, s’écrit-t-il, sera-t-il dit que la puissance de votre nom que vous m’avez inspiré d’invoquer, aura moins contribué à la santé, qu’à la mort de cette jeune fille ? Accordez aux prières de ce bon peuple la grâce dont mes péchés me rendent indigne, et après avoir éprouvé la patience de ce père affligé, consolez-le en lui rendant sa fille ». Et, s’approchant du cadavre, il prend la jeune fille par la main : « Levez-vous, lui dit-il, au nom de Jésus-Christ ». Elle se lève au même moment, et remercie le Seigneur de la double grâce qu’elle a reçue par les prières du serviteur de Dieu. Le noble Benoît, plein de reconnaissance pour un si grand bienfait, fit don à saint Remi de plusieurs terres qu’il possédait dans le midi, ainsi que le saint évêque le déclare d’une façon très nette dans son Testament : « Je lègue pour entretenir le luminaire de mon église les terres que Benoît m’a laissées dans la Provence, quand, à la prière du roi Alaric qui me l’avait envoyé, je délivrai sa fille de la servitude du démon et de la mort, après que, tout pécheur que je suis, j’eus étendu la main sur elle en invoquant le Saint-Esprit ».
    Le crédit dont jouissait saint Remi auprès de Dieu était si grand que, partout où il passait, on lui amenait les malades, afin qu’il leur imposât les mains et leur rendît la santé. Son zèle pour la conversion des barbares était si actif qu’il sortit de sa province pour aller annoncer la parole de Dieu dans les régions voisines.
    C’est ainsi qu’il parcourut les montagnes et les forêts des Vosges en répandant partout la lumière de la foi. Toul, Metz et Verdun furent successivement visitées par le saint évêque de Reims. Il passa ensuite sur le territoire de Cologne, et là comme ailleurs, il lui fut donné de recueillir la plus abondante moisson. C’est en ces parages qu’il fit le miracle suivant rapporté par les plus sérieux de ses historiens.