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Saint-Aubin-du-Cormier : fin de l'indépendance bretonne

Date de publication
19 août 2026
Plus de cinq siècles après les faits, Saint-Aubin-du-Cormier demeure un symbole fort dans la mémoire collective bretonne.

Un duché fragilisé par les tensions internes

À l'aube du XVIe siècle, le duché de Bretagne vit ses dernières années de souveraineté. Sous le règne de François II, la région traverse une crise politique majeure connue sous le nom de "guerre folle", un conflit qui oppose les tenants de l'autonomie bretonne aux partisans d'un rapprochement avec la couronne de France. Cette période troublée s'inscrit dans un contexte plus large de rivalités entre grandes puissances, la régente Anne de Beaujeu gouvernant alors la France au nom du jeune Charles VIII.

Pour contrer les ambitions françaises, François II mise sur une stratégie d'alliances internationales. L'Angleterre, l'Espagne et le Saint Empire romain germanique, tous inquiets de la montée en puissance du royaume de France, apportent leur soutien au duché breton. Mais cette coalition, aussi prometteuse soit-elle sur le papier, ne suffit pas à compenser les divisions internes qui rongent la noblesse bretonne. L'incapacité à fédérer une armée véritablement unie constitue une faiblesse structurelle qui va s'avérer déterminante.

Deux armées, deux visions de la guerre

L'armée bretonne, placée sous le commandement du prince d'Orange et du maréchal Jean IV de Rieux, se compose de contingents locaux renforcés par des mercenaires anglais et allemands. Cette diversité, censée constituer une force, se révèle être un handicap : la coordination entre les différentes unités fait cruellement défaut, et les rivalités de commandement fragilisent l'ensemble du dispositif.

À l'opposé, l'armée royale française incarne une organisation militaire d'un tout autre niveau. Sous la direction de Louis II de La Trémoille, stratège aguerri, les troupes françaises bénéficient d'une structure disciplinée et d'une artillerie performante. Cette période marque justement une transition dans l'art de la guerre médiévale, où l'efficacité de l'organisation et de l'armement commence à primer sur le nombre ou le prestige des alliances.

Le 28 juillet 1488 : une défaite sans appel

C'est sur la plaine de Saint-Aubin-du-Cormier, à quelques kilomètres de Fougères, que se joue le sort du duché. Dès l'engagement des troupes, les failles bretonnes apparaissent clairement. L'absence de coordination entre les contingents empêche toute réponse tactique cohérente face à l'armée française, qui exploite habilement chaque brèche.

La bataille tourne rapidement en déroute pour les forces bretonnes. De nombreux combattants, qu'ils soient bretons ou mercenaires alliés, trouvent la mort ou sont capturés. La prise de Jean IV de Rieux, maréchal de Bretagne, symbolise à elle seule l'ampleur du désastre. Le bilan est terrible : plusieurs milliers de morts jonchent le champ de bataille, faisant de cet affrontement l'un des plus sanglants de cette période pour la région.

Un traité qui scelle l'avenir du duché

Vaincu et affaibli, François II n'a d'autre choix que de négocier depuis une position de faiblesse extrême. Le traité du Verger, signé dans les semaines suivant la bataille, impose des conditions draconiennes : les filles du duc ne pourront désormais se marier sans l'accord préalable du roi de France. Cette clause, en apparence administrative, condamne en réalité l'indépendance future du duché.

Peu de temps après cette signature, François II s'éteint, laissant les rênes du duché à sa fille Anne de Bretagne, alors âgée de seulement onze ans. Cette transition fragile expose immédiatement la jeune duchesse aux manœuvres politiques de la cour française, qui ne tardera pas à orchestrer son avenir matrimonial.

De la défaite militaire à l'union des couronnes

La défaite de Saint-Aubin-du-Cormier ouvre la voie à une série d'événements qui scelleront définitivement le destin de la Bretagne. Anne de Bretagne épousera successivement deux rois de France, Charles VIII puis Louis XII, unions politiques qui préparent méthodiquement l'intégration du duché au royaume. Ce processus s'achève officiellement en 1532, sous François Ier, avec l'édit d'union qui rattache définitivement la Bretagne à la France.

Un lieu de mémoire toujours vivant

Plus de cinq siècles après les faits, Saint-Aubin-du-Cormier demeure un symbole fort dans la mémoire collective bretonne. Ce site, aujourd'hui valorisé par la commune à travers diverses initiatives patrimoniales, incarne à la fois la fin d'une souveraineté et le début d'un long processus d'intégration. Cette bataille continue de fasciner historiens et passionnés, rappelant que si l'indépendance politique de la Bretagne a disparu ce jour-là, son identité culturelle, elle, a traversé les siècles sans jamais s'effacer.


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