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Arnaud Bouan démonte le récit laïciste de nos origines

Date de publication
7 septembre 2026
C'est cette France-là — enracinée dans l'Évangile bien avant d'être une nation, façonnée par la piété autant que par les armes — que "l'Évangile de Clovis" entend faire redécouvrir.

Pourquoi la France a-t-elle besoin de retrouver Clovis aujourd'hui ?

Le mot évangile signifie simplement "bonne nouvelle" — l'annonce de Jésus-Christ portée par les apôtres. En reprenant l'expression catholique consacrée ("l'évangile de notre Seigneur selon saint Luc, selon saint Marc, selon saint Jean"), une question s'est imposée : qui serait l'évangéliste de Clovis ?

De nombreuses sources anciennes évoquent ce roi fondateur : vies de saints, chroniques monastiques, récits transmis par des générations de moines. Ces anciens historiens de France, aujourd'hui largement méconnus, portent en eux "la vieille foi de nos pères" — une foi qui nous renseigne sur qui fut réellement ce premier de nos rois.

L'idée de "l'Évangile de Clovis" prend alors tout son sens : dans l'Empire romain finissant du Ve siècle, la bonne nouvelle, c'est l'avènement de ce roi païen destiné à fonder une monarchie qui durera quinze siècles — et qui n'est peut-être pas terminée. De même que l'Église s'appuie sur son Évangile pour porter ses fruits à travers les âges, la France entière repose sur cette existence de seulement 45 ans, riche en anecdotes qui recèlent en réalité de grands mystères et portent en germe toutes les institutions qui feront la France médiévale.

La tradition orale, mère de notre histoire

On reproche souvent aux moines copistes de ne pas avoir été témoins oculaires des événements qu'ils racontent. Mais c'est oublier une évidence : on ne peut pas écrire l'histoire au moment même où elle se fait. Personne aujourd'hui n'écrit "l'histoire de 2026" — il faudra attendre que les choses commencent à s'estomper pour ressentir le besoin de les fixer par écrit.

Notre histoire la plus ancienne s'est transmise oralement, de manière vivante — exactement comme les Évangiles. Avant d'être couchées sur le parchemin, les paroles des apôtres circulaient de bouche à oreille : la résurrection de Lazare, son arrivée à Marseille... Ce sont ces traditions orales que l'Église a voulu fixer plus tard par l'écriture. Les moines ont fait de même pour Clovis.

Plutôt que d'exiger des preuves que ces récits sont vrais, il faudrait retourner l'argument : il n'y a pas de preuve que c'est faux. Comme lorsqu'on raconte des histoires entre amis — on n'a pas toujours de preuves, mais la confiance et la bienveillance priment. C'est précisément cette bienveillance envers la foi de nos pères qu'il s'agit de retrouver.

Un roi "plein comme un œuf" que la République a réduit au silence

L'histoire officielle enseignée aujourd'hui résume Clovis au vase de Soissons et à son baptême. Pourtant, une multitude d'anecdotes attachantes nous parlent de lui — des récits qui pourraient toucher les jeunes Français d'aujourd'hui, car ils racontent la trajectoire d'un homme sans la foi, en quête de vérité, entraînant tout son peuple derrière lui.

Ce n'est pas une image d'Épinal simpliste ("il se convertit, puis Dieu bénit tout"). Avant même son baptême, Clovis résiste à la grâce : quand sainte Clotilde lui rappelle sa promesse de se faire baptiser, il répond "oui, mais pas encore tout de suite". On perçoit ici un esprit non crédule, non naïf, qui veut des preuves avant d'abandonner les divinités de ses ancêtres.

Une quête à la fois spirituelle et intellectuelle

Clovis possède une sagesse propre et une véritable quête de vérité. Fait remarquable : il reconnaît la supériorité intellectuelle des évêques gallo-romains et des moines catholiques sur ses propres sages païens. On le voit ainsi converser longuement avec des abbés, se laissant peu à peu instruire — alors même qu'il est le conquérant et que le catholicisme est perçu comme "la religion des vaincus". Au-delà de la simple puissance militaire, c'est bien la vérité évangélique qui l'attire.

L'histoire merveilleuse du mariage avec Clotilde

Près de Montargis, à Ferrières-en-Gâtinais, un abbé raconte à Clovis — au milieu des ruines laissées par Attila — qu'une jeune princesse magnifique vient chaque année en pèlerinage rendre hommage à Notre-Dame de Bethléem. Sans même l'avoir vue, Clovis décide sur-le-champ d'épouser cette princesse : Clotilde, alors emprisonnée à Lyon par son oncle Gondebaud, roi des Burgondes.

Après une aventure digne d'un roman, le mariage a lieu à Soissons, célébré par saint Principe, frère de saint Rémi. Ce mariage est attendu avec espoir par les Gallo-Romains, qui pressentent chez ce roi païen davantage de qualités que chez les rois ariens (Ostrogoths, Wisigoths, Burgondes) — chrétiens de nom, mais souvent bourreaux de leurs peuples.

Le vase de Soissons : bien plus qu'une légende de barbare

L'épisode du vase de Soissons est souvent réduit à l'image d'un chef guerrier brutal fracassant le crâne d'un soldat rebelle. En réalité, il révèle tout autre chose : Clovis, encore païen, avait promis à saint Rémi de mettre à part ce vase sacré lors du partage du butin, et de le lui rendre. C'est l'affirmation d'un respect nouveau envers l'autorité de l'Église catholique — par un homme qui n'est pas encore chrétien.

Cette intuition morale, chez un païen, a quelque chose de vertigineux. Elle rappelle que tous les hommes sans la foi ne sont pas nécessairement dénués de sens moral : certains, comme Clovis, sont animés d'une quête spirituelle et intellectuelle sincère.

Le règne "très chrétien" : une préfiguration de Saint Louis

Une fois converti — la loi salique parle de "la clé de la science" trouvée par grâce — Clovis inaugure ce qu'on pourrait appeler son règne très chrétien, préfigurant à bien des égards celui de Saint Louis, huit siècles plus tard. Mêmes vertus, même manière de se laisser enseigner par les saints placés sur sa route (saint Rémi, sainte Clotilde...).

L'image du roi s'agenouillant devant un évêque issu du "peuple des vaincus" est fondatrice de toute l'histoire de France : aucun roi ne sera jamais roi de France sans s'être d'abord agenouillé devant l'évêque de Reims pour recevoir le sacre — la même démarche que Jeanne d'Arc imposera au dauphin Charles, mille ans plus tard, à Reims. Saint Rémi le dira lui-même le soir du sacre : le royaume de France sera bâti sur deux colonnes, la piété et la justice.

Le repentir du roi et la Sainte Ampoule

Un autre épisode marquant : Clovis, repris publiquement par saint Éleuthère (un évêque qu'il ne connaissait pourtant pas), se met à genoux et demande pardon pour ses fautes. Il passe la nuit en prière avec lui. Au petit matin, un ange annonce que "la faute du roi est effacée du livre de vie". Une scène que l'on pourrait comparer à celle de Jean-Baptiste face à Hérode — à ceci près que Clovis, lui, se convertit véritablement.

C'est dans ce contexte que s'inscrit le récit de la Sainte Ampoule : lors du baptême de Clovis, saint Rémi, faute de saint chrême disponible, se met en prière. Une colombe plus blanche que neige apparaît alors sous les voûtes, portant dans son bec une petite fiole contenant le "chrême céleste". C'est l'origine du sacre des rois de France par une monarchie de droit divin.

Une légende attaquée pour des raisons politiques

Au XVIIe siècle, un certain Jean-Jacques Chifflet, historien franc-comtois à la solde de l'Espagne, s'attaque à ce récit — vexé de voir les ambassadeurs français précéder toujours les autres dans les préséances diplomatiques, en vertu de ce miracle fondateur. Il prétend alors que la Sainte Ampoule aurait été inventée bien plus tard par un archevêque de Reims nommé Hincmar. Une thèse reprise depuis par l'historiographie officielle — sans que quiconque n'explique pourquoi des papes et des saints s'y seraient laissé prendre pendant quinze siècles.

Pendant la Révolution, les révolutionnaires ne se contentent pas de détruire statues et reliques : ils s'en prennent spécifiquement aux documents authentifiants. Après la tourmente, l'archevêque de Reims réunira les fragments brisés de la Sainte Ampoule dans un nouveau reliquaire, toujours conservé aujourd'hui.

Le miracle de Tarascon et le privilège fiscal

Souffrant d'un mal de reins terrible, Clovis se fait conduire à Tarascon, où se trouve le tombeau de sainte Marthe. Au contact du tombeau, il est guéri instantanément. En action de grâce, il accorde à la ville un privilège fiscal perpétuel dans un rayon de 3000 pas — document conservé précieusement à Tarascon... jusqu'en 1793, où les révolutionnaires le détruisent délibérément.

Ce constat pose une question dérangeante : comment les historiens actuels peuvent-ils exiger des preuves documentaires quand ce sont précisément leurs prédécesseurs révolutionnaires qui ont brûlé ces preuves ?

Deux histoires de France, pas une

Ce parcours à travers la vie de Clovis révèle une réalité simple : il existe deux récits de l'histoire de France. Le récit officiel, porté par les universités, les médias et l'école — un "nouveau magistère" qui a le monopole de l'enseignement et façonne un peuple largement amnésique de ses racines. Et le récit ancien, transmis par les chroniqueurs, les moines et les saints, riche en merveilles et en anecdotes vécues.

Comprendre qu'il existe ces deux histoires ne signifie pas rejeter en bloc l'histoire officielle — mais au moins la remettre en question, et redécouvrir cette mémoire ancienne trop longtemps balayée d'un revers de main.

La fleur de lys : un symbole tombé du ciel

Selon les historiens académiques, la fleur de lys comme symbole de la France remonterait seulement à Louis VII. Mais d'autres, comme le chroniqueur Nicolas Gilles, rattachent son origine à un miracle antérieur au baptême de Clovis lui-même, dans la région de Saint-Germain-en-Laye, à Joyenval — "le val de la joie".

Alors que Clovis assiège un rebelle retranché dans une tour à Conflans-Sainte-Honorine, un ermite reçoit en songe la visite de saint Michel, qui lui remet un blason d'azur à trois fleurs de lys d'or, à charge de le transmettre à Clovis par l'intermédiaire de Clotilde. Le message est clair : avec ce blason, remplaçant les trois crapauds de l'ancien emblème païen des Francs, la victoire sera acquise au nom de Dieu.

Clovis, encore païen, fait cet acte de foi, emporte le blason au combat et triomphe. Le cri de joie qui s'ensuit donnera son nom à la montagne — le mont-joie — et au cri de guerre "Montjoie Saint-Denis", repris ensuite à travers toute l'histoire de France.

La fleur de lys devient ainsi un symbole unique : là où d'autres nations arborent lion, léopard ou aigle bicéphale, la France choisit une fleur — signe que sa grandeur ne viendra jamais de sa seule force, mais de sa foi et de sa piété.

Une France née de Bethléem

Saint Rémi n'a pas seulement enseigné le catéchisme à Clovis : il lui a aussi raconté comment l'Évangile s'était déjà déroulé en Gaule, bien avant que la Gaule ne devienne la France. Trois apôtres envoyés par saint Pierre — Savinien, Potentien et Altin — arrivent en l'an 44 à Ferrières. Le soir de Noël, une apparition de la Vierge à l'enfant, avec saint Joseph, les bergers, le bœuf et l'âne, pousse Savinien à s'exclamer : "Ici, c'est un nouveau Bethléem !"

C'est cette France-là — enracinée dans l'Évangile bien avant d'être une nation, façonnée par la piété autant que par les armes — que "l'Évangile de Clovis" entend faire redécouvrir.


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