Histoire d’Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis.

Les premiers instants de sa vie

Alphonse, sixième fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, naquit le 11 novembre1220. Le modeste manoir de Poissy, donné en apanage à ses parents par le roi Philippe-Auguste, son grand-père, qui régnait encore, fut probablement son berceau, comme il avait été celui de son frère aîné, le saint roi Louis IX. Les principes de foi catholique et de solide piété que sa mère s’efforça de lui inculquer dès son enfance, tout en veillant avec le plus grand soin aux autres branches de son éducation et instruction portèrent leurs fruits. Frère vraiment digne de saint Louis, Alphonse se montra toujours ami de la justice. Par la sollicitude ferme et bienfaisante qu’il déploya dans l’administration des provinces qui eurent le bonheur de l’avoir pour souverain, il prouva qu’il comprenait, à l’exemple de son glorieux frère, le rôle des princes chrétiens, lesquels, loin de considérer les peuples comme faits pour eux, se regardent avec raison tout à la fois et comme leurs serviteurs et comme leurs pères. Admirable résultat et preuve évidente de « la bonne nourriture et des bons enseignements qu’ils reçurent au commencement », ainsi que le constate un pieux biographe contemporain. Alphonse atteignait à peine sa septième année, qu’on songeait déjà à lui négocier un mariage. Mais ce premier projet d’union, inspiré par des motifs politiques, ne devait pas recevoir son exécution. Blanche de Castille, régente du royaume depuis la mort prématurée de Louis VIII (1226), l’avait conçu dans le but de détacher de la ligue féodale Hugues de Lusignan, comte de la Marche, l’un des vassaux les plus remuants et les plus redoutables de la-couronne. Par le traité de Vendôme passé entre le jeune roi Louis lX, guidé par sa mère, d’une part, et les comtes de Bretagne et de la Marche d’autre part, on stipula, entre autres conditions, qu’Alphonse épouserait Isabelle, fille du comte de la Marche, et recevrait en dot l’île d’Oléron. Hugues de Lusignan renonça de son côté aux droits ou prétentions de sa femme, la comtesse-reine, sur la Guienne.

Cet acte bientôt mis à néant par les rébellions continuelles du puissant feudataire poitevin, fut pourtant renouvelé et confirmé à Clisson, au mois de mai 1230 ; mais l’article relatif au mariage d’Alphonse et d’Isabelle de Lusignan en fut éliminé. En effet, dans l’intervalle des deux traités, la régente avait négocié et conclu pour son jeune fils une alliance bien autrement avantageuse, dont les conséquences devaient accroître dans des proportions considérables la puissance de la monarchie. Raymond VII, comte de Toulouse, le plus puissant, et principal soutien des hérétiques albigeois, venait d’être réduit, par les victoires du connétable Humbert de Beaujeu, à implorer la paix. Pour conclure et signer l’acte définitif qui devait mettre un terme à cette trop longue guerre, il se rendit à Paris. Là, le Jeudi saint, 12 avril 1229, il accepta et ratifia les conditions suivantes : 1° le duché de Narbonne, les vicomtés de Béziers, Carcassonne, Agde, Maguelonne, Nîmes, Uzès et Viviers, Albi et la moitié du comté d’Albi, Cahors et une partie du Quercy seront réunis à la couronne ; 2 la châtellenie de Mirepoix sera conservée à Guy de Lévis, maréchal de la foi, et relèvera directement du roi ; 3° tous les biens du comte situés au delà du Rhône (comtat Venaissin) seront cédés à l’Église romaine ; 4 le comte Raymond conservera Toulouse et le Toulousain, l’Agenais, le Rouergue, la partie de l’Albigeois située en deçà du Tarn, du côté de Gaillac, et une partie du Quercy, mais seulement en. usufruit ; 5° sa fille unique Jeanne épousera Alphonse, frère du roi, auquel tous ses États appartiendront après sa mort ; à défaut de postérité de ce mariage, tout l’héritage reviendra à la couronne, quand même Raymond aurait des enfants d’une seconde union ; la jeune Jeanne sera remise entre les mains de la régente ; 6° les murailles de Toulouse et de trente autres places seront démolies ; 7° le château de Toulouse, appelé Château-Narbonnais, et sept autres seront remis au roi pour dix ans ; 8° le comte fera hommage au roi et se constituera prisonnier au Louvre jusqu’à l’arrivée de sa fille.

À la fin du mois de mai, la cour, alors à Compiègne avec le comte Raymond remis en liberté et rentré en grâces, apprit l’approche de Jeanne de Toulouse. On s’empressa d’aller à sa rencontre jusqu’à Moret, et les fiançailles de la princesse avec Alphonse se célébrèrent immédiatement en présence du légat du Pape. Comme les deux jeunes fiancés avaient à peine neuf ans chacun, leur mariage n’eut lieu que neuf années plus tard, en 1237(3). Ils accompagnaient généralement la cour dans ses voyages et résidences diverses. Ainsi, les 10 et 11 août 1239, ils vont à Sens avec le pieux Louis IX, recevoir en grande pompe et transporter à Paris la sainte couronne d’épines, que deux religieux dominicains rapportaient de Constantinople, en vertu d’une cession faite à la France par l’empereur Baudoin II de Courtenay.

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