Machiavel / Saint Thomas d’Aquin : deux visions du pouvoir.

Le mode de gouvernement selon Saint Thomas d’Aquin

Portrait de Saint Thomas d'Aquin

Dans un traité sur « le gouvernement des princes » (de regimine principum), saint Thomas a développé ses idées sur le pouvoir et les a enchaînées dans un ordre rigoureux avec toute la méthode d’un scolastique. On peut voir, là, combien cette méthode était avantageuse et même nécessaire. La seule énumération des chapitres nous offre un résumé logique de toute la politique de l’auteur.

1° Les hommes vivant ensemble ont besoin d’un chef pour les gouverner.
2° Il est plus avantageux et plus sûr d’être gouverné par un seul chef que par plusieurs.
3° Si le gouvernement d’un seul, exercé avec justice, est le meilleur, il est aussi le pire de tous s’il dégénère en tyrannie.
4° La république romaine a prospéré, il est vrai, et s’est agrandie sous le gouvernement populaire; mais la domination de la multitude engendre toujours la tyrannie. La monarchie tempérée est préférable.
5° Un roi ne doit pas chercher la récompense de sa bonne administration dans l’éclat des honneurs ni dans les avantages de ce monde…
6° Cependant les rois qui règnent selon la justice obtiennent par surcroît les biens et les avantages temporels qui échappent aux tyrans, tels que la richesse, la puissance, la bonne renommée.
7° Un roi doit être, pour son royaume, ce que l’âme est pour le corps, ce que Dieu est pour le monde.

Quelle simplicité, quelle élévation et quelle sérénité tout ensemble ! On se demande, en lisant ces pensées si nobles et si profondes sur le pouvoir, si saint Thomas est le peintre du grand roi qu’il avait sous les yeux, ou si saint Louis s’est inspiré du grand docteur. Tous deux reflètent le plus pur esprit chrétien. Quel contraste avec nos idées révolutionnaires, et par cela même, quel contraste aussi sous le rapport de la paix sociale, de la dignité et de la liberté humaines! Sous la Renaissance, Machiavel, dans son livre Du Prince, développera cyniquement de tout autres principes de gouvernement, et le machiavélisme politique fera de continuels progrès, jusqu’à ce qu’il atteigne son apogée sous la Révolution.

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    Portrait de Machiavel

    Le mode de gouvernement selon Machiavel

    En dehors de sa haute valeur artistique, ce qui caractérise la Renaissance, c’est donc son esprit sceptique et léger, c’est la soif des jouissances et des plaisirs ; c’est la tendance au pouvoir absolu inconnu aux beaux siècles du Moyen Âge, régis par l’équité chrétienne. Ce qu’elle a fait perdre à la religion, c’est la magie et la sorcellerie qui l’ont regagné. Qui oserait voir là un progrès ?

    Son grand écrivain politique, Machiavel, dans son livre Du prince, enseigne les moyens, pour les ambitieux, de réussir au mépris de la justice et de l’humanité. Ce livre, condamné à Rome, forme antithèse avec celui de saint Thomas d’Aquin que nous avons analysé : Du gouvernement des princes.
    Voici les préceptes développés par Machiavel :

    1° Ruiner tout un pays, s’il le faut, pour en demeurer le maître ;
    2° Exercer de grandes cruautés, pourvu que ce soit résolument et tout à la fois ;
    3° Tâcher de paraître homme de bien sans l’être véritablement ;
    4° Ne tenir sa parole qu’autant qu’on y aura avantage ;
    5° Savoir dissimuler et trahir ;
    6° Enfin se dépouiller, s’il le faut, de toute humanité pour régner.

    Ces deux ouvrages peignent les deux époques : l’une de foi, d’honneur et de générosité ; l’autre de scepticisme, de parjures, de trahison, de tyrannie.

    La Renaissance est donc loin d’avoir la bonne réputation de son père. Son frère puîné, le XVIIe siècle, viendra heureusement renouer les traditions paternelles de foi éclairée, de dignité et de grandeur, sans être toujours à leur niveau. Le Moyen Âge représentait la victoire du christianisme sur le paganisme, et les progrès issus de cette victoire. La Renaissance a été une tentative de revanche du paganisme, en partie couronnée de succès, et dont les effets durent encore. La lutte continue.

    « Cette rétrogradation a commencé avec la restauration du paganisme littéraire, qui a amené successivement la restauration du paganisme philosophique, du paganisme religieux et du paganisme politique. »

    Donoso Cortès

    C’est la généalogie de la Révolution d’où est sorti notre lamentable état social.

    « La société, à la fin de l’ancien régime ressuscite partout les souvenirs de la mythologie ; elle oublie l’Évangile. La prostitution cherche son excuse et ses modèles dans les mœurs honteuses d’Athènes et de Rome antique ; Diane, Vénus, Jupiter, Mercure, inspirent la littérature, les arts et les mœurs, comme Brutus inspirera la Révolution. »

    M. l’abbé Lémann

    On se demande, après cela, d’où vient le jugement favorable sans réserve qu’on porte sur la Renaissance.