Les sorcières et le Moyen Âge

Un mythe qui a la vie dure

L’univers des sorciers et des sorcières est très souvent associé au Moyen Âge. Au XIXe siècle, les pourfendeurs de la période médiévale, alors apogée de la chrétienté, n’ont eu de cesse de colporter l’idée selon laquelle elle fut une période obscure et rétrograde. Alors les légendes se sont diffusées à travers les années et sont restées ancrées dans les inconscients collectifs. Non, la chasse aux sorcières n’est pas le fait des hommes du Moyen Âge mais plutôt le fait de ceux du début de la Renaissance, époque où la foi avait laissé la place au rationalisme et à l’humanisme.

« Les sorcières ne sont pas l’affaire du Moyen Âge mais de l’époque moderne. » Michel Pastoureau, historien français.

Les sorcières et le Moyen Âge

Non, l’Église catholique, par le biais de son bras ecclésiastique arbitraire, n’a pas exécuté des milliers de femmes sous l’accusation de sorcellerie au Moyen Âge. Dans cette phrase, non seulement la période n’est pas bonne mais le bourreau non plus.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est de 1580 à 1640 que la chasse aux sorcières connut sa plus forte intensité : 1580, c’est le XVIe siècle, la Renaissance. 1640, c’est le XVIIe siècle. On reste songeur. Eût-il été plus juste que mon encyclopédie note : « À la Renaissance et au XVIIe siècle, on brûlait les sorcières » ? Sacré Moyen Âge – Martin Blais (1997)

Les bûchers et l’Église catholique

Il est important de noter que les pays qui se livrèrent le plus à la chasse aux sorcières furent l’Allemagne et la Suisse – soit deux pays où le protestantisme dominait la société. L’Angleterre forte de 4 millions d’habitants a allumé pas moins de 1000 bûchers ; la Scandinavie aussi peuplé que l’Angleterre en a allumé deux milles. À la même époque, en Italie, en Espagne ou au Portugal, à majorité catholique, la persécution a été inexistante. À partir de la Renaissance, c’est le bras séculier, c’est-à-dire le pouvoir civil, qui poursuit les accusés et non l’Église et son Inquisition.

Nicolas Rémy, juge et procureur général de 1576 à 1591, par exemple, enverra 3000 sorciers et sorcières aux flammes. À titre de comparaison, en quinze ans de service, l’homme aura fait trois fois plus de victimes que pendant mille ans de Moyen Âge.

Du XVe au XVIIe siècle, à l’échelle européenne, l’Europe comptabilisera près 110 000 procès en sorcellerie et près de la moitié se termineront au bûcher.

« Au nom de la science, la rationalité occidentale éradique les figures de l’altérité. » En effet, la Renaissance fut aussi le moment où les penseurs de l’époque balayèrent toutes les croyances et la culture médiévale afin de revenir aux fondamentaux de la culture antique… qui fut érigée comme « culture classique ». Dans cette révolution culturelle et intellectuelle, également qualifiée d’« Humanisme », l’homme est remis au centre […] » Esther Cohen, docteur en philosophie.

Les sorcières et le Moyen Âge
Procès en sorcellerie : une femme accusée de sorcellerie s’en remet à Satan pour la sauver (1692) © Getty – MPI

Les bûchers et les persécutions, systématiquement attribués à la période sombre du Moyen Âge, ne sont que les fruits d’une Renaissance que l’on nous a vendu comme resplendissante, rayonnante, lumineuse et éclairée… L’étude de l’histoire, dépourvu de son filtre idéologique, nous apprend qu’il n’en est rien. Dès lors que la lumière de la foi disparaît, la part obscure de l’homme se fait jour.

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