LE SIÈCLE CHRÉTIEN (1206/1209) – La croisade contre les Albigeois

Bonjour, je vous propose de poursuivre notre voyage à travers le treizième siècle. La période qui nous intéresse aujourd’hui s’étend de l’année 1205 à l’année 1209. Depuis l’accession au trône du roi Philippe Auguste, le royaume de France, année après année, connaît une expansion géographique toujours plus grande et une puissance politique toujours plus affirmée. Les souverains du moment sont à la hauteur des enjeux de l’époque. D’un côté le fougueux roi d’Angleterre, de l’autre l’ambitieux empereur romain germanique. Le roi Philippe Auguste, grand bâtisseur du royaume, et le pape Innocent III, zélé défenseur de la foi, réussissent à tempérer les tensions qui animent l’Europe chrétienne du temps. C’est cette histoire que je vais vous raconter, notre histoire. 

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    Le royaume de France vit sous un régime féodal. En tant que suzerain, Philippe Auguste doit consolider et affirmer son autorité auprès de ses puissants et principaux vassaux. Certains d’entre eux ont finalement accepté de se soumettre, avec plus où moins de tensions et de difficultés ; c’est le cas de la Bretagne ou de la Champagne. L’Auvergne, quant à elle, peine à ployer le genou devant son suzerain français. Le comte d’Auvergne était tantôt vassal des Plantagenêts anglais tantôt indépendant. Le roi de France, Philippe Auguste, allait prochainement intervenir militairement, le casus belli n’allait pas tarder. 

    A l’est, la guerre de succession au trône impérial n’en finit pas d’occuper l’esprit des principales puissances européennes. D’un côté nous avons Otton de Brunswick ; soutenu par le pape Innocent III et son oncle le roi d’Angleterre Jean sans Terre ; de l’autre Philippe de Souabe, soutenu seulement par Philippe Auguste. La guerre des clans ne trouvera son issue que quelques années plus tard, nous y reviendrons. Pour le moment, Philippe Auguste se concentre sur la consolidation de ses terres et poursuit, inlassablement, sa domination politique et territoriale au sein du royaume de France. Il ne cesse d’affaiblir la domination anglaise sur le continent. Après avoir dirigé l’ost royal vers la Loire, épuisée par un an de siège, les villes de Loches et de Chinon, confisquées au roi d’Angleterre depuis 1203, cèdent sous la puissance militaire capétienne. Désormais les comtés de Touraine, d’Anjou, du Maine et du Poitou sont contrôlés par le roi de France. C’est sans compter sur la réaction du roi d’Angleterre, nous y reviendrons.

    Depuis le XIIe siècle, une hérésie, dont les racines venaient de l’est de l’Europe, se répandait rapidement dans le Midi du royaume. Son nom, l’hérésie albigeoise, venait du fait que le bastion principal de l’hérésie était situé dans le triangle formé par les villes de Toulouse, Albi et Carcassonne. Ses disciples reprochaient aux prélats catholiques locaux de se complaire dans la décadence des mœurs et dans le goût trop prononcé pour les biens de ce monde. Eux qui prônaient la pauvreté évangélique réussissaient à convertir en masse parmi les habitants. Leur doctrine repose sur un dualisme : l’âme d’un homme provient de Dieu, quand son enveloppe corporelle provient du Diable. Par conséquent, la Résurrection, la crucifixion, l’eucharistie et j’en passe leur étaient tout simplement abominables. Tout ce qui était en rapport avec la matière était à bannir. De plus, les clercs catholiques de la région subissaient de véritables persécutions physiques et morales. Le pontife romain se devait d’agir plus significativement que ce qu’il avait pu faire auparavant. Des tentatives de prédications infructueuses de la part de l’ordre des cisterciens, pour ramener ces hérétiques à la foi romaine, avaient été entreprises dès le XIIe siècle. Le pape Innocent III décida, dès 1203, de nommer officiellement des légats dans le Midi dont la mission sera de ramener ces hérétiques à la vraie foi, toujours par le biais de la prédication. En 1206, deux hommes vont particulièrement se distinguer par leurs vertus et leurs forces de conviction : Diego, l’évêque d’Osma en Espagne, et son coreligionnaire Dominique de Caleruega, futur Saint Dominique. L’humilité et la pauvreté étaient les deux principales vertus des deux hommes, soit deux armes d’une puissance redoutable. Leurs prêches font des miracles auprès des “bons hommes” et “ des bonnes femmes” comme les hérétiques aiment à se faire appeler. Ils vont sans relâche parcourir le Midi du royaume en long en large et en travers et organiser, de façon plus ou moins préparée, des controverses ; c’est-à-dire des débats théologiques entre albigeois et catholiques. Même s’ils obtiennent des résultats éclatants, face à l’ampleur de l’hérésie, Dominique et Diego peinent à convertir les masses. Mais ils n’abandonnent pas, jamais jusqu’au jour où la voie pacfique ne sera plus suffisante. 

    En 1206, Philippe Auguste, qui vient de perdre sa mère Adèle de Champagne, entend bien poursuivre la stabilisation de ses conquêtes. En mai, le roi s’empare du comté de Nantes, Jean sans Terre voit ses possessions se réduire de jour en jour. En juillet de la même année, le roi d’Angleterre débarque à la Rochelle, accueilli par le vicomte Aimery VII de Thouars,  et le 1er août, il s’empare de Montauban puis d’Angers. La réaction de Philippe Auguste va être immédiate, en octobre 1206, il débarque avec son armée devant Angers. Jean sans Terre est contraint de renoncer. Les deux souverains signent une trêve de deux ans à Thouars. 

    En décembre 1206, Dominique et Diego d’Osma ne lâchent toujours rien bien au contraire, ils fondent même un monastère féminin à Prouille, dont les premières religieuses étaient d’anciennes hérétiques albigeoises revenues à la foi catholique grâce aux prêches zélés de Dominique. D’ici partira l’essor extraordinaire du futur ordre des dominicains. L’ordre dominicain ainsi que l’ordre franciscain, fondé par son contemporain François, futur Saint François d’Assise, représenteront la fine fleur des ordres mendiants du XIIIe siècle. Revenons en 1206. Raymond VI de Toulouse, comte de Toulouse, était, à cette époque, le plus puissant prince de la région. Homme à la fois souple et calculateur, il ne s’opposait nullement à l’hérésie albigeoise que l’on appellera plus tard l’hérésie cathare. N’ayant pas le soutien militaire du comte de Toulouse pour endiguer l’hérésie, le pape Innocent III, en mai 1207, par l’intermédiaire de son légat Pierre de Castelnau, lui annonça son excommunication immédiate et jeta l’interdit sur ses terres. Son tort ? Ne pas soutenir la croisade en préparation contre les hérétiques, alors que bons nombres de seigneurs provençaux s’y étaient engagés. Face au risque militaire et aux enjeux politiques, Raymond VI cède et s’engage à extirper l’hérésie. Rapidement, le légat constate que les actes du comte ne sont pas à la hauteur de ses engagements. C’est le moins qu’on puisse dire. En parallèle des affrontements entre le Saint Siège et le comté de Toulouse, Dominique et les siens convertissent, lentement, très lentement les foules du Midi.  ptembre, un colloque est organisé pour la première fois à Pamiers, au cours de cette controverse vont se confronter des catholiques et des cathares. Un prêtre, favorable aux vaudois, cette autre secte défendant les mêmes idéaux que les albigeois mais prenant sa source dans la région du Rhône, est nommé comme arbitre. Le verdict est sans appel : Dominique et les siens ont été reconnus grand vainqueur au point où l’arbitre lui-même, Arnaud de Crampagna, embrassa à nouveau la foi catholique. Malgré la victoire éclatante, reconnus par la plupart des hérétiques présents, peu décidèrent de retourner à la foi catholique. Les arguments et la raison ne semblaient pas suffisants. 

    Tout va basculer quand le 15 janvier 1208, Pierre de Castelnau, légat pontifical, se fit assassiner par un écuyer de Raymond VI de Toulouse à Saint-Gilles. Sans y voir forcément la main du comte de Toulouse qui n’avait aucun intérêt à commanditer un tel acte, Innocent III ne pouvait plus prêcher, comme il l’a fait depuis le début, la conversion par la prédication. L’assassinat d’un légat pontifical était un acte grave et un motif de guerre plus que légitime. La croisade armée contre les albigeois est inévitable.  Le 10 mars 1208, le pape Innocent III appelle officiellement à la croisade armée contre les Albigeois.

    Un coup de théâtre se produisit de l’autre côté du Rhin. Le 21 juin 1208, Othon IV de Brunswick fait assassiner son rival Philippe de Souabe par son allié Otton de Wittelsbach. Désormais, plus aucun opposant ne se dresse contre le couronnement d’Otton IV qui surviendra un an plus tard en 1209 des mains du pape Innocent III. Le souverain pontife, qui avait soutenu la candidature d’Othon IV, regretta amèrement son soutien au nouvel empereur qui commençait à revendiquer des prétentions territoriales italiennes. Il devenait une menace à l’indépendance du Saint-Siège. Cette guerre de successions au sein du saint Empire Romain germanique est d’importance car elle va nourrir un grand nombre de conflits tout au long du XIIIe siècle. 

    Dans le Midi, le pape Innocent III intensifie son combat contre l’hérésie albigeoise et pour l’aider dans sa tâche, il demande de l’aide au roi de France Philippe Auguste. Le pouvoir temporel se devait, conformément aux engagements pris lors du sacre, de sortir le glaive pour venir en aide au pouvoir spirituel. Dans un premier temps mitigé et peu enclin à s’engager dans la bataille, et pour cause, il était suffisamment occupé à mater les attaques du roi d’Angleterre, le roi de France finit par autoriser ses barons à se croiser. De plus, le prétendant au trône de France, Louis, futur Louis VIII, venait d’être adoubé le 17 mai au parlement de Compiègne. Désormais chevalier, il va devenir un acteur et un soutien important dans les conquêtes territoriales de son royal père. Il prendra également sa part dans l’éradication de l’hérésie mais ce sera pour plus tard.

    Pour le moment, le pape désigne un légat, Arnaud Amaury, comme chef de la croisade. Des barons du Nord vont alors s’engager vers le sud du royaume et affronter les trois principaux féodaux de la région à savoir Pierre II d’Aragon, comte de Barcelone, de Gévaudan, de Roussillon et seigneur de Montpellier ; Raymond VI, comte de Toulouse et Raimond-Roger Trencavel ; vicomte de Béziers, de Carcassonne et d’Albi. Comme je vous le disais précédemment, Raymond VI de Toulouse est un calculateur ; pour éviter de voir ses terres ravagées et aussi parce qu’il n’a pas réussi à trouver un accord avec son rival Trencavel, il décide, le 18 juin 1209, de se soumettre aux volontés du pape et de rejoindre la croisade. Le voilà du côté des croisés du Nord.  

    Le légat Arnaud Amaury décide assez logiquement d’attaquer les fiefs de Raimond-Roger Trencavel, où résident un grand nombre d’hérétiques. Lorsque les barons du Nord atteignent la ville de Montpellier, Raimond-Roger Trencavel demande à rencontrer le légat et face à lui, il clame son attachement à la foi romaine. Le légat lui demande alors de se soumettre sans conditions, ce que refuse le vicomte. L’affrontement est imminent. Les croisés poursuivent leur route vers Béziers. Les habitants, ayant eu vent de l’arrivée des barons du Nord, s’organisent, s’arment, se ravitaillent. Pendant ce temps, le vicomte Trencavel part chercher du renfort à Carcassonne. Les croisés s’installent aux abords de la ville et se préparent à un siège. Le 22 juillet 1209, suite à l’imprudence de certains habitants, des ribauds réussissent à entrer dans la ville et rapidement s’adonnent au pillage et au massacre des habitants. Quelle ne fut pas la surprise des seigneurs francs et d’Arnaud Amaury, le légat, quand ils apprirent la nouvelle des exactions ! Ni une ni deux, ils tentèrent tant bien que mal de les chasser de la ville mais le mal était fait. 

    Les habitants qui le pouvaient prirent la fuite vers Carcassonne, ville dans laquelle était toujours le vicomte Trencavel. Le 15 août, Trencavel capitule et se livre comme prisonnier. Il finit par mourir en prison le 10 novembre 1209 à Carcassonne, il avait 24 ans. Entre-temps, toutes les possessions de Trencavel ont été proposées à  Simon IV de Montfort, petit seigneur à la foi ardente et au cœur vaillant. Il va entreprendre, non sans peine, une reconquête des territoires du Midi totalement acquis à la cause albigeoise. Mais avant, il doit se faire reconnaître comme vassal auprès de Pierre II, roi d’Aragon, le suzerain des vicomtés qu’il a acquises depuis peu. Quand la nouvelle de la mort de Trencavel fut connue de tous, une rumeur s’est propagée comme quoi Simon de Montfort en était le responsable. Il n’en fallait pas temps pour déclencher un vent de révolte populaire. La soumission et l’apaisement du Midi sera un long et fastidieux combat. 

    Le royaume de France est à un tournant de son histoire, sa physionomie évolue vite et de façon significative. Toutes les tensions existantes entre souverains et princes européens aboutiront prochainement à une bataille décisive, représentant le véritable apogée du règne de Philippe Auguste : la bataille de Bouvines. Mais ça, ce sera pour le prochain épisode. Bonne journée, portez vous bien et vive la France. 

     

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