LE SIÈCLE CHRÉTIEN (1240/1244) – Bataille de Taillebourg / Siège de Montségur

Bonjour, je vous emmène aujourd’hui dans une décennie décisive du règne de Louis IX. Le roi de France est désormais marié, la révolte des barons du royaume est terminée, il va pouvoir concentrer son énergie à une œuvre plus belle, plus grande : la Croisade en Terre sainte. Mais pour l’heure, Louis IX doit gouverner au quotidien ses sujets et régler un certain nombre d’événements importants. C’est l’histoire que je vais vous raconter, notre histoire.   

Le roi Louis IX au service de son peuple

La controverse du Talmud

En roi défenseur de la foi catholique, Louis IX dut gérer des dissensions au cœur de son propre royaume avec une partie de son peuple de confession juive. Il entretenait à leur égard des relations à la fois rudes et bienveillantes. Il devait les protéger en tant que communauté minoritaire et les réprimer en tant que peuple déicide. Depuis la découverte du Talmud par les chrétiens au siècle précédent, que leur reprochait-on ? Essentiellement deux choses : la pratique de l’usure et les insultes proférées à l’encontre de la Sainte Vierge et du Christ dans le Talmud, soit deux crimes aux yeux du roi et de la société de l’époque. En juin 1240, va s’engager un procès entre des maîtres juifs et des maîtres en théologie catholique de l’Université de Paris, supervisé par Louis IX et sa mère Blanche de Castille. D’où cette controverse est-elle partie ? En 1239, un juif converti au catholicisme, Nicolas Donin de la Rochelle, renommé Nicolas après sa conversion au catholicisme, dénonça au pape Grégoire IX, les insultes violentes à l’égard des chrétiens et plus particulièrement à l’égard de la Sainte Vierge et du Christ dans le Talmud. Peu de temps après, le pape envoya une missive aux princes chrétiens leur ordonnant d’investir les synagogues et de s’emparer des livres dans le but d’expurger ces horreurs. Le 3 mars 1240, à Paris, Louis IX répondit immédiatement à l’ordre du pape. Des sergents perquisitionnent les synagogues, confisquent les Talmuds et les déposent dans les couvents dominicains et franciscains. Mais Louis IX, emprunt de charité, leur permit de se défendre en bonne et due forme. Ainsi débute le procès du Talmud le 25 juin 1240 en présence de Blanche de Castille. Louis IX assista de loin au procès contrairement à sa mère Blanche qui fera office d’arbitre à l’image de son royal fils, juste et impartial. Un vif débat théologique entre des rabbins et des prélats chrétiens s’engageait. Après deux ans de disputation, le procès se conclut par la crémation de vingt-quatre charretées du Talmud en place de Grève à Paris en 1242 puis en 1244. 

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    Les tensions entre l’empereur et le pape

    Les relations entre Frédéric II, l’empereur du saint empire romain germanique et le pape Grégoire IX n’étaient pas bonnes, c’est le moins qu’on puisse dire. Le 20 mars 1239, jour des Rameaux, le pape Grégoire IX avait excommunié l’empereur Frédéric II. Les raisons étaient nombreuses : tout d’abord, selon le pape, l’empereur nourrissait des sentiments haineux contre l’Église de Rome, le pape et les cardinaux, il gérait ses affaires ecclésiastiques en Sicile de façon arbitraire, il protégeait les Arabes infidèles et enfin le pape lui reprochait son manque d’entrain pour la délivrance de la Terre sainte. Frédéric II réfuta toutes ces allégations. Le pape Grégoire IX offrit alors la couronne impériale à Robert d’Artois, le frère de Louis IX mais ce dernier ne cherchant pas les honneurs de ce monde, refusa la proposition. L’organisation d’un concile était nécessaire pour traiter le cas impérial. Quand en janvier 1240, l’empereur entra dans les États Pontificaux, le pape était cerné, sans assistance d’aucune sorte, il ne pouvait compter que sur sa foi.  Portant la sainte croix, il se rendit à la basilique du Latran sous les quolibets des soutiens de l’empereur mais cela ne l’empêcha pas de prêcher avec force contre lui.  Le pape Grégoire IX espérait trouver le soutien nécessaire dans une assemblée de prélats, il convoqua alors un concile général qui devait se tenir à Rome en 1241. Frédéric II sentait que ce concile allait être à son désavantage c’est pourquoi, en septembre 1240, il avertit tous les rois et princes qu’il ne leur permettrait en aucun cas de se rendre au concile. La menace impériale ne les fit pas réagir. Frédéric II fit de son côté équiper, en Sicile, une redoutable flotte qui attaqua les embarcations des prélats français, anglais et lombards qui étaient partis de Gênes le 25 avril 1241. Un grand nombre de prélats furent arrêtés. C’était sans compter sur l’intervention de Louis IX. Il envoya à deux reprises l’abbé de Corbie auprès de l’empereur et le somma, par le biais d’une lettre virulente, de libérer sur le champ les prélats français. Frédéric II s’exécuta sous la pression royale. 

    Dernier affrontement entre Saint Louis et les féodaux

    La guerre de Saintonge

    À l’aube de ses trente ans, l’éternel ennemi anglais, accompagné des barons toujours aussi peu enclins à se soumettre, refaisait surface. À la majorité d’Alphonse de France, le frère du roi, Louis IX le fit chevalier et lui remit en apanage le comté de Poitiers et d’Auvergne lors des festivités de Saumur le 24 juin 1241, comme le stipulait le testament de Louis VIII. Ensuite, la cour se dirigea vers Poitiers pour la cérémonie d’investiture où Alphonse reçut les hommages de ses vassaux poitevins. Cette nouvelle attribution n’était pas du goût du comte de la Marche, Hugues X de Lusignan, car celui-ci devait par conséquent transférer son hommage de vassal du roi de France à Alphonse de Poitiers, et sa femme, Isabelle d’Angoulême, la mère du roi d’Angleterre Henri III, était indignée de voir son mari réduit au rang d’arrière-vassal du roi de France. L’orgueil de voir son prestige diminué allait entraîner bien des malheurs. Grâce à un bourgeois rochelais, Blanche de Castille fut avertie que plusieurs réunions étaient organisées par le comte de la Marche et les barons poitevins dans le but de former une ligue contre la couronne de France. 

    En décembre 1241, Hugues X de Lusignan, en guise de protestation, s’opposa publiquement au roi lors de l’assemblée solennelle des vassaux du nouveau comte de Poitou. Louis IX tenta désespérément de lui faire entendre raison, sans succès, alors le roi capétien s’en remit aux pairs du royaume. Une sanction devait être prise : la confiscation de ses domaines fut décidée. Le roi de France, fidèle à ses convictions chrétiennes de justice et de paix, s’évertua à user de toutes les solutions pacifiques contre Hugues de Lusignan. Le comte malheureux fut sommé de revenir à ses devoirs et de reconnaître son seigneur, mais il campa sur ses positions. Louis IX allait user de son autorité royale. Huit jours après Pâques, le 28 avril 1242, Louis IX se mit à la tête de l’ost royal à Chinon accompagné de plus de vingt mille hommes, puis une campagne de siège s’ensuivit au cours de laquelle plusieurs châteaux furent pris. La fougue de la chevalerie française emportait avec elle toutes les places rebelles. Louis IX mit le siège devant la forteresse de Fontenay et s’en empara en quinze jours. Le fils du comte de la Marche lui fut livré prisonnier avec la garnison ; le conseil du roi de France demanda qu’il soit pendu. Mais Louis refusa en déclarant que ce jeune homme n’était pas coupable car il avait simplement obéi aux ordres de son père, tout comme ses hommes qui avaient servi fidèlement leur seigneur. Il les fera emprisonner.

    Le roi d’Angleterre, Henri III, voulait saisir l’opportunité de cette discorde pour débarquer en France et récupérer ses possessions confisquées par Philippe Auguste à Bouvines. Avec l’assentiment de ses barons et des communes anglaises, Henri III débarqua à Royan avec ses troupes le 13 mai 1242 et déclara la guerre au roi de France le 16 juin 1242. Débuta alors une guerre qui allait durer près d’un an. Le 21 juillet, à Taillebourg, les deux armées se font face avec seulement deux ponts chevauchant la Charente pour les séparer. L’assaut français repoussa les Anglais et le lendemain, le 22 juillet 1242, Louis IX et son armée traversèrent la Charente et engagèrent le combat dans la ville de Saintes où les Anglais s’étaient réfugiés. La supériorité française était incontestable. Face à l’offensive capétienne, l’armée anglaise se mit à fuir, et avec elle le comte de la Marche Hugues de Lusignan et le roi d’Angleterre Henri III Plantagenêt. Le 24 juillet, les habitants de Saintes remirent les clés de la ville au roi de France. La soumission d’Hugues X de Lusignan fut plus humiliante encore. Accompagné de sa femme et de ses trois fils, pleurant et soupirant, il s’agenouilla devant le roi de France et implora son pardon. Louis IX le pria de se relever, lui pardonna sa félonie et le somma de rendre les châteaux pris à son frère Alphonse de Poitiers. Il restait encore au roi chevalier le soin de calmer les ardeurs du comte de Toulouse et de ses sbires qui s’étaient associés au complot poitevin alors que ledit comte de Toulouse avait renouvelé son hommage au roi de France en 1241. Louis IX envoya deux armées en Languedoc et face à la domination manifeste de l’armée capétienne, les comtes du Midi se rendirent les uns après les autres. Raymond VII de Toulouse demanda très vite, lui aussi, pardon au roi de France, ce qui lui fut tout de suite accordé. Un nouveau traité fut signé à Lorris avec Raymond VII en janvier 1243 et préparait ainsi l’annexion du comté de Toulouse à la couronne capétienne. À la fin de la guerre de Saintonge, sur la route de Paris, Louis IX et une partie de ses hommes furent pris d’un mal répandu dans les armées. Une épidémie de dysenterie accablait un grand nombre de chevaliers mais, par la grâce de Dieu, le roi s’en remit rapidement. Mais pour combien de temps… 

    Les massacres des inquisiteurs d’Avignonet

    Les cathares n’en finissaient plus d’agiter le Midi du royaume. Le 28 mai 1242, à Avignonet, plusieurs crimes allaient précipiter les cathares à leur perte. Arrivés de Montségur, perchés en haut d’une montagne, plusieurs hommes, sous les ordres du comte de Toulouse, fomentent la vengeance des leurs ayant été brûlés. Au beau milieu de la nuit, les assassins s’introduisent dans un château à l’intérieur duquel se reposent des inquisiteurs-religieux. La lourde porte s’ouvre sous les coups violents des assassins, les religieux sont tirés de leur lit. Conscients de ce qui les attendait, ils se mettent à genoux et chantent le Salve Regina. C’est un carnage. Une fois leur forfait accompli, ils regagnent aussi vite qu’ils sont arrivés leur refuge de Montségur. Le massacre d’Avignonet eut un grand retentissement aussi bien dans la région qu’à la cour de France. La reine mère, Blanche de Castille, ordonne la destruction pure et simple de Montségur. 

    Le siège de Montségur

    En 1243, les prélats catholiques se réunissent à Béziers pour statuer du sort des résistants de Montségur. Au cours du concile, la décision fut prise : le château de Montségur sera assiégé. Les massacres d’Avignonet doivent être punis. La mission est confiée à Hugues d’Arcis, sénéchal de Carcassonne. En mai 1243, Hugues d’Arcis met le siège devant la forteresse sans succès, les mois passent sans que rien ne bouge. Pendant l’hiver, le sénéchal prépare un plan pour accéder à cette forteresse inaccessible. D’un côté, les hommes du roi de France tentent d’escalader le pic rocheux dans le but d’atteindre les défenses cathares, de l’autre, en janvier 1244, le seigneur de Montségur, Raymond de Péreille et le chevalier Pierre-Roger de Mirepoix, le commandement de la garnison, attendent des renforts du comte de Toulouse. Les croisés, à force de bombardements, réussissent à détruire plusieurs de leurs installations si bien que Raymond de Péreille décide de négocier avec les croisés. Le 1er mars 1243, Hugues d’Arcis propose à Raimond de Péreille : la réédition de la forteresse,  le pardon à tous les cathares présents y compris ceux qui avaient participé au massacre d’Avignonet, à condition qu’ils comparaissent devant l’Inquisition, le pardon à tous les autres habitants du château à condition qu’ils abjurent leur foi cathare, dans le cas contraire, ils seront brûlés. A l’issue du siège, en 1245, le château de Montségur fut confié à Guy II de Lévis, seigneur de Mirepoix.

    Frédéric II et le nouveau pape. 

    La papauté a connu depuis la mort du pape Grégoire IX, survenue le 21 août 1241, quelques rebondissements. Le pontificat de Célestin IV ne dura qu’un mois. Si bien que jusqu’en 1243, le siège pontifical était vacant. Le 25 juin 1243, Innocent IV devient le nouveau pape de l’Eglise catholique. Quelques jours seulement après son élection, le pape dut affronter la rébellion de l’empereur au point où il dut s’enfuir à Lyon, ville proche du roi de France Louis IX qui pouvait, en cas d’attaque de l’empereur, venir en aide au souverain pontife. Le 2 décembre 1243, à peine arrivé à Lyon, Innocent IV, aussi redoutable que son prédécesseur Grégoire IX, convoque un concile pour juin 1245. Le comportement intolérable de l’empereur, entre autres, allait être au menu. 

    C’est ainsi que débute la décennie 1240. Louis IX va rapidement user de sa diplomatie légendaire pour apaiser les tensions entre Rome et l’Empire. Le prochain concile de Lyon évoquera également la croisade en préparation et pour la mener à bien, les princes et les rois devront mettre leurs rivalités de côté pour combattre les ennemis de la chrétienté. Mais ça, ce sera pour le prochain épisode. A bientôt. 

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