Le servage au Moyen-Age

Le servage au temps médiéval a nourri bien des fantasmes. Alors que sous l’Antiquité un esclave avait autant de valeur qu’une poignée de porte, la condition du serf au Moyen Age ne fut nullement comparable à la condition d’esclave. Avez-vous déjà vu un esclave se marier ? Avoir une vie de famille ? Décider de ce qu’il fera de sa journée ou encore être impliqué dans la vie de sa commune ?

Le serf, qu’il faut distinguer du vilain qui était un homme libre des villages, était un homme qui travaillait la terre appartenant à un seigneur, il avait des devoirs envers ce seigneur au même titre que le seigneur en avait envers lui. Le vilain constituait l’immense majorité du peuple, alors que le serf disparaissait au fil des siècles pour ne devenir qu’une poignée et ce dès le XIIIème siècle.

Comment devenait-on serf ? La plupart du temps, on le devenait dès sa naissance, le serf était attaché à titre héréditaire à la seigneurie.

Philippe de Beaumanoir, juriste du XIIIème siècle, lista d’autres circonstances qui pouvait vous amener à devenir serf
– Quand vous n’aviez pas répondu à l’appel militaire du seigneur
– Quand vous vous donniez vous-même par dévotion à un saint ou à une sainte dans une abbaye ou une église
– Quand votre indigence était telle que vous vous proposiez à un seigneur
– On peut ajouter, cas marginal, les prisonniers de guerres qui n’étaient pas rendus à leur patrie

Le serf n’était pas propriétaire de ses champs comme le vilain mais exerçait une libre exploitation de celle-ci. Le fait qu’il était attaché à une terre n’était pas vécu comme une tyrannie mais comme une protection car cela lui permettait de ne pas être exproprié arbitrairement. Si la terre était vendue, le serf restait Le seigneur ne pouvait également pas lui ôter la succession à ses enfants.

Il jouissait également d’une bonne partie des droits civils. Dans certaines localités, il exerçait des fonctions de maires ou de jurés. La condition servile n’excluait donc pas la condition de citoyen.

Le serf exerçait également ses droits d’époux et de père, il était libre de ses mouvements et de ses actions à quelques exceptions près : il ne devait pas abandonner sa terre à moins de s’acquitter d’une somme d’argent à son seigneur et ainsi il pouvait résider ailleurs. Il ne pouvait épouser une femme d’une autre seigneurie sans l’autorisation de son seigneur à moins de s’acquitter d’une somme d’argent mais l’Eglise voyait dans cette pratique des restes de l’antique servitude alors avec le temps ce droit dit de formariage allait être remplacé par une simple cérémonie symbolique. Et enfin, il devait s’acquitter de redevances comme la corvée ou la taille.

A l’apparition de la féodalité, certains serfs devenaient même propriétaire d’une maison, d’un arpent de vigne. Pour certains, les conditions étaient tellement intéressantes que lorsque des rois voulurent abolir le servage certains serfs contestaient et formèrent même des requêtes contre ces décisions. Les déclarations d’affranchissement de Louis X le hutin par exemple ne furent suivis d’aucun effet, les serfs refusaient obstinément. Etrange pour des esclaves, non ?

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