La paix et la trêve de Dieu : un ordre chrétien pour les guerriers

Au Xème et XIème siècle, la société médiévale occidentale était instable. L’effondrement de l’organisation carolingienne et l’effacement de la papauté causaient bien des désordres. Les guerres privées des grands seigneurs faisaient des ravages auprès des populations et les grands laïcs mettaient la main sur l’Eglise en faisant entre autres commerces de tous ses biens. Face à cette violence et à cette anarchie, l’autorité royale faisait défaut, le roi était incapable de légiférer et de garantir l’ordre dans son royaume.

Dans les premières années du XIème siècle, certains monastères décidèrent de réagir et de remettre de l’ordre, le monastère de Cluny, un des plus puissants de la chrétienté allait être de ceux-là. Il faudra attendre le milieu du XIème siècle pour que la papauté décide d’intervenir avec sa réforme grégorienne chère à Grégoire VII et qui allait avoir des répercussions pendant trois siècles. Cette réforme décréta entre autres l’indépendance du clergé et l’affirmation du rôle du pape. En ce milieu du XIème siècle, l’église obtint alors un prestige considérable, elle était solide et s’était imposée face au laïcs, face aux puissants seigneurs qui voulaient usurper les biens des prêtres et des moines et surtout face aux empereurs germaniques qui se considéraient comme les représentants de Dieu sur terre.

L’Eglise avait cette force et cette autorité pour canaliser cette violence des seigneurs à la place des souverains défaillants et de contraindre les hommes à suivre les préceptes de charité et de se mettre au service du Christ.

Cette volonté de pacification avait commencé dès la deuxième moitié du Xème siècle et plus particulièrement en 989, lors du concile de Charroux dans la Vienne. Les archevêques, évêques, moines et abbés instaurèrent pour la première fois la paix de Dieu sorte d’assemblée où se rassemblaient le clergé et les seigneurs afin de canaliser ces derniers et de les enjoindre à la paix. L’anathème allait être jeté sur quiconque volera les biens des pauvres, brutalisera les clercs ou pillera les biens d’Église.

La trêve de Dieu allait être dans la continuité de ce mouvement de paix de Dieu initiée au Xème siècle. Tout au long du XIème siècle et même bien au delà, malgré la résistances de certains puissants, l’Eglise n’aura de cesse d’imposer ces nouvelles règles de pacification de la société.

Qu’impliquait la trêve de Dieu ? L’interdiction de combattre du mercredi au lundi. Déclarée inviolable, l’église devait être le lieu d’asile pour se réfugier sauf pour les hommes qui auraient violé les pactes de paix et les trêves. L’église était garante des plus humbles et des plus faibles, interdiction d’enlever les paysans contre une rançon, de voler, de piller. Avant la vengeance s’imposait comme la règle pour maintenir l’honneur du lignage, avec ces nouvelles règles, l’église se heurtait à des résistances importantes. En cas de non respect des décrets, ce sera l’excommunication c’est à dire l’exclusion de la communauté.

Lors du concile de narbonne en 1054, l’archevêque demanda que soit observé la trêve de dieu, même si elle ne fut pas toujours respectée. Aux quatre jours de combat déjà interdits, il fit ajouté Noël, Pâques, la Pentecôte, les fêtes de saints et leurs veilles. Quarante ans plus tard, le Concile de Clermont ne dira pas autre chose signe d’une continuité dans la volonté de conquête spirituelle dans tous les aspects de la vie sociale. Cette période marquait la Christianisation de la société et fut le début de l’émergence des hospices et des hôpitaux pour les pauvres et les pèlerins ou des refuges pour les errants sans terres ou chassés de la leur.

Lors de ce fameux Concile de Clermont en 1095 où siégeaient évêques, archevêques et abbés du royaume de France, d’Espagne et d’Italie, le pape Urbain II émettait un certain nombre de décrets officiels parmi lesquels la trêve et la paix de dieux. Ces décrets de pacification et d’organisation de la société avaient pour but de mettre fin aux désordres et laissaient entrevoir les débuts de l’organisation féodale. L’énergie des chevaliers devaient être employée pour de plus nobles causes, la première Croisade de 1095 allait être une de ces causes. urbain II mena la réforme gregorienne du nom du pape grégoire VII c’est à dire la réforme du clergé séculier et des rapports entre clercs et laïcs. Il fallait combattre la simonie et obtenir la restitution des biens du clergé confisqués par les seigneurs

 

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