Le massacre d’inquisiteurs à Avignonet

Bonjour, depuis le 14 janvier 1208, jour de l’assassinat du légat pontifical Pierre de Castelnaud par les sbires de Raymond VI, le comte de Toulouse ; le pape Innocent III lança avec le soutien des barons français la croisade contre les hérétiques Albigeois dans le Midi du royaume. Après 20 ans de combats acharnés contre les cathares, le roi de France Louis IX et Blanche de Castille mettent fin au conflit en signant le traité de Paris le 12 avril 1229 à Paris. Quelques années plus tard, En 1231, à l’initiative du pape Grégoire IX, est créée le tribunal de l’inquisition ; juridiction spécialisée menée par les Dominicains ayant pour but de combattre l’hérésie. Les inquisiteurs remplissaient leur mission dans un contexte tendu pour ne pas dire dangereux ; les hérétiques, appuyés officieusement par les seigneurs locaux et le comte de Toulouse, leur livraient un combat de tous les instants. C’est dans ce contexte que se déroula le massacre d’Avignonet. Savez-vous comment s’est-il déroulé ? Non, je vous explique. Mais avant de vous raconter cette histoire, notre histoire, je veux vous dire que vous pouvez soutenir mon travail sur l’histoire de France en commandant un livre de ma maison d’édition ou en faisant simplement un don, pour en savoir plus, cliquez sur les liens en description de cette vidéo. Merci.

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    A l’automne 1241, le frère Guillaume et les siens entamèrent une escapade dans le comté de Toulouse où ils purent s’arrêter un temps au couvent de Prouille, là où Saint Dominique avait accueilli des jeunes filles hérétiques converties à la vraie foi. Puis vint le temps du départ, direction Avignonet, ville sous contrôle du comte de Toulouse, où s’épanouirent sans crainte les cathares. La petite troupe, qui se composait du frère Arnaud bien sûr mais aussi de deux frères mineurs, de deux clercs de Toulouse, d’un notaire, et d’un prieur bénédictin, était bien consciente du risque qui pesait sur son voyage ; dans le passé, des curés avaient été attaqués et un clerc avait été jeté dans un puits. Mais un catholique conséquent ne redoute pas la mort, devenir martyre était une éventualité à envisager. Le jour où l’un d’entre eux, le frère Raymond Carbonier, eut en songe la vision d’une couronne étincelante se ruant sur le château d’Avignonet, précisément le lieu où les clercs étaient descendus et qui appartenait à Raymond d’Alfar, sénéchal du comte de Toulouse Raymond VII, il prévint frère Arnaud qui s’écriat aussitôt plein d’allégresse : 

    « Sachez, mes frères, que, dans peu de jours, nous serons immolés pour le Christ. »

    Les inquisiteurs, qui venaient d’accueillir le prieur bénédictin d’Avignonet, commençaient scrupuleusement à remplir leur rôle. Pendant quelques jours, ils reçurent les dépositions des habitants d’Avignonet. Pendant ce temps, le sénéchal Raymond d’Alfar, entra en contact avec Pierre-Roger de Mirepoix, le seigneur du castrum de Montségur, d’où partait toute la résistance cathare. Le 28 mai 1242, veille de l’Ascension, le seigneur de Mirepoix, accompagné d’une dizaine d’hommes armés, quitta Montségur et se dirigea vers le château d’Avignonet. La nuit était tombée depuis un moment lorsque les assassins en devenir arrivèrent devant le château ; résolus à faire le mauvais coup, ils détruisirent à coup de haches les portes de la grande salle du donjon où était installé le dortoir des Frères. Réveillés par le bruit sourd des coups de haches, les frères, conscients de ce qui les attendait, se mirent à chanter le Te Deum puis vint le moment du carnage. L’un des assaillants se vantait d’avoir coupé la langue du frère Arnaud. Le seigneur de Mirepoix, caché dans un bois en attendant que la vile besogne se finisse, leur reprocha de ne pas avoir apporté la tête du frère inquisiteur, ce à quoi répondit l’un d’eux : 

    « Elle est brisée ».

    Tous leurs effets personnels leur avaient été dérobés : les livres, les scapulaires, les chandeliers, de l’argent, des vêtements etc. Les registres, comportant les interrogatoires, furent également détruits. Les hérétiques, après le meurtre des frères inquisiteurs, étaient certains qu’il en était terminé de l’Inquisition. Mais leur joie macabre était vaine puisque comme le disait Tertullien :

    « Le sang des martyrs est semence de chrétiens. »

    Plusieurs miracles eurent lieu après la mort des frères-prêcheurs comme ce jour où un hérétique, Arnaud Roux, averti du meurtre des inquisiteurs, s’en alla immédiatement sur place pour déverser sa bile sur le corps des martyrs et au moment où il frappa les corps inertes avec son pied, celui-ci fut maculé d’une plaie incurable. Ou encore lorsqu’une fidèle vint prévenir le prieur dominicain de Toulouse, au moment même où se déroulait le meurtre, qu’elle a eue, pendant la messe, une vision ; le crucifix lui a déclaré :

    « Dis au supérieur de placer honorablement les saintes reliques. »

    Il n’accorda du crédit au récit que le lendemain, au moment où les corps des martyrs arrivèrent devant lui. S’ensuivirent les premières guérisons… Plutôt que d’enflammer le zèle des hérétiques à l’encontre des catholiques, les plus tièdes d’entre eux, se détachèrent progressivement du parti cathare. Deux dominicains furent nommés : les frères Ferrier et Guillaume Raimond, qui dès le 6 juin, prononcèrent l’excommunication du comte Raymond VII sous la formule « fauteur, défenseur et receleur d’hérétiques”. Quelques-uns des assaillants furent arrêtés et pendus. Certains furent marqués au fer rouge quand d’autres durent attendre la chute de Montségur pour connaître une autre fin toute aussi tragique. Le massacre d’Avignonet eut un grand retentissement aussi bien dans la région qu’à la cour de France. La reine mère, Blanche de Castille, ordonna la destruction pure et simple de Montségur. En janvier 1243, le comte de Toulouse, Raymond VII, daigna se soumettre au roi de France Louis IX, en signant à Lorris, un traité de paix l’enjoignant à respecter le traité de paix de Meaux-Paris. Le prince du Midi était de la race des indomptables. 

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