LE SIÈCLE CHRÉTIEN (1220/1224) – Mort de Philippe Auguste

Bonjour, avançons tranquillement dans ce fabuleux XIIIe siècle. Philippe II Auguste, qui règne depuis l’année 1180, va dans quelques années céder son trône à son fils le futur Louis VIII dit le Lion. Le royaume de France, grâce à ce glorieux souverain, a connu des avancées importantes tant au niveau politique, diplomatique, géographique et intellectuel. Dans le Midi du royaume, la lutte militaire contre l’hérésie cathare prend un nouveau tournant. C’est cette histoire que je vais vous raconter, notre histoire.

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    Le XIIIe siècle est sans conteste le siècle qui a vu rayonner la connaissance à travers le monde. L’Université de Paris, qui a vu le jour depuis peu, brille à travers toute l’Europe par l’excellence de son enseignement surtout en matière théologique. Au sud du royaume, le 17 août 1220, le cardinal Conrad, légat du pape Honorius III, fonde l’École de médecine de Montpellier à proximité de l’église Saint-Firmin. Elle demeure la plus ancienne faculté de médecine encore en activité au monde. 

    De l’autre côté du Rhin, Frédéric II, qui avait succédé à Othon IV après sa cuisante défaite à Bouvines en 1214, a finalement été couronné par le pape Honorius III à Rome le 22 novembre 1220. Il en profite également pour couronner son fils Henri roi des Romains. L’accession au trône impérial de Frédéric II n’avait pas été de tout repos.  Un combat entre pouvoir et indépendance faisait rage entre les deux puissances. Rome voulait conserver son indépendance territoriale quand Frédéric II s’acharnait à vouloir la réduire pour son plus grand profit.  Dans le Midi du royaume, Amaury VI de Montfort perdait de plus en plus de terrain sur son rival Raymond VII de Toulouse qui s’était mis en tête de libérer tout le sud de l’Albigeois et le Lauragais. En février 1221, la garnison de Montréal se rendit à Raymond VII de Toulouse et au comte de Foix, dès lors, plusieurs villes tombèrent les unes après les autres : Fanjeaux, Limoux furent récupérées par Raymond-Roger de Foix au printemps 1221 puis tout l’Agenais fut récupéré par Raymond VII au cours de l’été. Le 10 mars 1221, Amaury VI de Montfort, qui était venu mettre le siège devant Castelnaudary avec ses chevaliers croisés, abandonna et fila immédiatement vers Carcassonne. Les grandes heures du glorieux Simon IV de Montfort ne sont plus. 

    Les jours du roi de France Philippe Auguste sont comptés, sa santé se dégrade petit à petit. Il peut quand même se réjouir de laisser un royaume prospère à ses descendants. Les caisses du Trésor sont pleines de monnaies sonnantes et trébuchantes, 157 036 livres, soit plus de 80 % du revenu annuel ordinaire global de la monarchie, comme le confirme son testament rédigé en septembre 1222. Pendant ce temps-là, le roi d’Angleterre, Henri III, renforce ses infrastructures sur son duché d’Aquitaine en édictant, le 4 décembre 1222, une charte demandant aux habitants de la Rochelle de construire un port à l’Ouest de la ville et de la fortifier. Les travaux devront commencer en avril de l’année suivante. Mais il devra compter sur la réaction du prince Louis.

    Le 2 août 1222, Raymond VII succède à son père Raymond VI et se rapproche du roi de France dans le but de lui faire allégeance. Philippe Auguste lui répondit avec aplomb qu’il ne le reconnaîtrait que si l’Église fait de même. Le nouveau comte de Toulouse devra d’abord faire amende honorable auprès du Saint Siège. Les tensions entre les partisans de Montfort et ceux du comte de Toulouse sont évidentes. L’exaspération montait d’un cran parmi les habitants du Midi à l’égard des combats incessants qui ravagaient le pays. Même une partie du clergé local tombait à nouveau dans l’hérésie. La ville de Pamiers chassa les chanoines de son abbaye et les clés de la ville furent remises au comte de Toulouse. Mirepoix, qui vécut un long siège, secoua le joug du croisé Guy de Lévis, qui fut contraint, en mars 1223 de regagner Carcassonne, et la ville revint sous l’autorité de ses anciens maîtres. Toute l’œuvre de Simon IV de Montfort s’effondrait. Les deux principaux protagonistes : Amaury VI de Montfort et Raymond VII de Toulouse finirent par être excédés par cette guerre qui s’éloignait de plus en plus de son objectif initial, c’est pourquoi ils décidèrent, en mai 1223, de conclure une trêve, prélude d’une conférence de paix qui allait se dérouler à Saint Flour. La conférence ne donna rien mais leur désir de paix était sincère si bien qu’ils décidèrent de porter leur différend devant un concile à Sens. Philippe Auguste, qui devait assister au concile, était en si mauvaise santé qu’il fut décidé de transférer le concile de Sens à Paris le 6 juillet 1223. Alors que Philippe Auguste se trouvait à Pacy, en route pour assister au concile, exténué, il ne supporta pas ce dernier voyage. Il rendit son âme à Dieu le 14 juillet 1223, à Mantes, il avait 57 ans. Aussitôt, son corps fut ramené à Paris, ses funérailles furent organisées à Saint-Denis en présence des grands du royaume. Pour la première fois dans notre histoire, le corps du roi, vêtu de tous les regalia (couronne, sceptre, épée etc), fut exposé à la vénération du peuple avant sa sépulture. Philippe Auguste fut le premier roi de France dont la mort ait été mise en scène, symbole de souveraineté du monarque. Quelques semaines plus tard, le 6 août 1223, son fils Louis est sacré à Reims en compagnie de sa femme Blanche de Castille. Dans la foulée de son sacre, Louis VIII décide d’en découdre avec le jeune roi d’Angleterre. La raison ? Celui-ci n’avait pas respecté toutes les conditions du traité de 1217. Le nouveau roi de France s’engage alors au cœur des possessions du roi d’Angleterre en France et, au cours d’une campagne éclaire, Louis VIII s’empare d’une grande partie des terres de l’Aquitaine. Les villes du Poitou, de la Saintonge, du Périgord, de l’Angoumois et une partie du Bordelais tombent dans le giron capétien. Le roi d’Angleterre, Henri III, ne possède plus que Bordeaux et la Gascogne sur le continent. 

    Une page de la croisade contre les Albigeois était en train de se tourner dans le Midi du royaume. Amaury VI de Montfort, grâce à l’aide financière de Louis VIII, réussit tant bien que mal à rassembler quelques hommes d’armes et de routiers dans Carcassonne encerclée par les comtes de Toulouse et de Foix ainsi que du jeune vicomte Trencavel. Dès que ses moyens financiers furent épuisés, Amaury dut se résigner à rendre les armes. Le 14 janvier 1224, il signe un traité par lequel il restituait Carcassonne et les forteresses de Minerve et de Penne-d’Agenais aux héritiers des anciens seigneurs desdites places, puis un armistice de six mois pour Narbonne et Agde, et s’engageait à utiliser ses ressources restantes à la réconciliation de Raymond VII et ses alliés avec l’Église et le roi de France. Une fois l’acte effectué, il prit la route vers ses terres du Nord. Un mois plus tard, Amaury VI de Montfort, après s’être entretenu avec le roi de France, lui céda toutes ses possessions et privilèges du Midi. En échange, Louis VIII lui promit deux choses : que sa seigneurie de Montfort-l’Amaury sera érigée en comté et à la mort de son oncle, le connétable de France Mathieu II de Montmorency, il lui succéderait à cette haute fonction administrative et militaire.

    Louis VIII n’en avait pas terminé dans sa lutte contre le roi d’Angleterre sur le continent. Le 15 juillet 1224, le connétable de France, Mathieu II de Montmorency, sur ordre du roi, met en place un siège à la Rochelle, le point d’entrée fortifié de la couronne anglaise sur ses terres continentales. Louis VIII va mener une véritable guerre en Guyenne, guerre qui lui permet de récupérer La Rochelle et le Périgord aux Anglais. Seule la ville de Bordeaux résiste aux assauts capétiens. 

    Philippe Auguste avait laissé à ses successeurs un royaume prospère et puissant. Son fils, Louis VIII, dont le début de règne laissait entrevoir une glorieuse destinée, ne va malheureusement régner que trois courtes années. Il incombera à son fils, le futur Louis IX, d’amener le royaume de France au sommet de son histoire. Mais ça, ce sera pour le prochain épisode. A bientôt.  

     

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