La Journée des Dupes du 10 et 11 novembre 1630 (Louis XIII, Richelieu & Marie de Médicis)

Bonjour, partons au XVIIe siècle sous le règne de Louis XIII en pleine guerre de Trente ans. Le roi de France Louis XIII, conseillé par le puissant cardinal de Richelieu, veut coûte que coûte renforcer sa position en limitant l’hégémonie politique des Habsbourg d’Espagne et du Saint Empire Romain Germanique. Le Parti des dévots, dirigé par la reine-mère Marie de Médicis affiliée aux Habsbourg et Michel de Marillac le garde des sceaux, ne partagent pas les objectifs politiques de la couronne. Un tournant politique et diplomatique du règne de Louis XIII va se jouer les 10 et 11 novembre 1630, plus connu sous le nom de Journée des Dupes. Trois protagonistes vont s’affronter : le roi Louis XIII, le cardinal de Richelieu et la reine-mère Marie de Médicis. Comment va se dérouler cette journée des Dupes ? Quelles en furent les conséquences ? C’est ce que nous allons voir tout de suite. Bon épisode. 

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Le cardinal de Richelieu, partisan farouche de la guerre contre l’Espagne et le Saint Empire Romain Germanique, va très vite rencontrer de violentes oppositions. Les choix politiques du cardinal déplaisent fortement. Parmi ses opposants, vous avez le parti des dévots qui place le catholicisme au-dessus de la royauté. Marie de Médicis, fervente catholique ayant marié sa fille à Philippe IV d’Espagne et son fils, Louis XIII, à Anne d’Autriche, n’accepte pas l’entrée en guerre prochaine du roi, influencé par le cardinal de Richelieu, contre des puissances catholiques, tout en s’alliant aux princes protestants. Le parti des dévots rendait Richelieu responsable des tensions en Europe. Il eût été préférable, pensaient-ils, de s’allier entre catholiques contre la menace protestante grandissante plutôt que de se faire la guerre entre catholiques. Pour Richelieu, la raison d’État l’emportait sur le catholicisme. 

Dès 1628, Louis XIII, contre l’avis de son conseil, entendit rétablir Charles Ier de Mantoue sur le duché de Mantoue en Lombardie mais Charles 1er de Savoie avait lui aussi des prétentions sur le duché. Louis XIII, accompagné de Richelieu, décida alors d’occuper la Savoie. Quand Charles 1er de Savoie succomba de la peste en juillet 1630, l’empereur du Saint-Empire Ferdinand II revendica le duché. Richelieu opta pour la fermeté. Révulsée à l’idée d’entrer en guerre contre l’Espagne, Marie de Médicis se sentait trahie par Richelieu. Sa douleur fut d’autant plus grande qu’elle avait en 1624 favorisé son entrée au sein du Conseil royal. Le 7 septembre 1630, Louis XIII, atteint d’une forte dysenterie, quitte Mantoue pour rejoindre Lyon. Après être passé très près de la mort, le roi recouvre la santé. Marie de Médicis réunit quotidiennement son conseil avec comme seul but réussir à chasser le cardinal de Richelieu du pouvoir.

Le 9 novembre 1630, le roi Louis XIII de retour à Paris s’installe à l’hôtel des Ambassadeurs tout près du palais du Luxembourg où se trouve sa mère. 

Le lendemain 10 novembre 1630, Louis XIII réunit un conseil au Palais du Luxembourg en compagnie de sa mère Marie de Médicis, du cardinal de Richelieu et de Michel de Marillac. Marie de Médicis signifia à Richelieu qu’elle lui retirait les charges de surintendant de sa maison et de chef de son conseil. Le roi en profita pour renouveler l’estime qu’il avait envers le cardinal si bien que Marie de Médicis s’en alla ulcérée et vociféra contre Richelieu et ses proches. Louis XIII s’en alla sans mot dire et sans un regard pour Richelieu qui se crut alors perdu. 

Le 11 novembre 1630, Louis XIII retourna au Palais du Luxembourg chez sa mère, et chercha à la tempérer en espérant une réconciliation avec le cardinal. Marie de Médicis ordonna aux huissiers de fermer toutes les portes et de ne faire entrer personne pendant qu’elle s’entretenait avec son fils. Elle entama sa diatribe qui pouvait se résumer ainsi : évincer le cardinal de Richelieu. Le cardinal ayant eu vent de cette rencontre, réussit à s’introduire chez la reine-mère malgré ses recommandations. Quelle ne fut pas la surprise de Marie de Médicis ! 

Je gagerai que Leurs Majestés parlent de moi ? aurait dit Richelieu.

Et bien oui ! Nous parlions de vous comme du plus ingrat et du plus méchant de tous les hommes. Aurait répondu la reine-mère.

Elle entra dans une grande colère. Richelieu, en larmes, s’agenouilla et baisa le bas de la robe de la reine.  « Préférez-vous un laquais à votre propre mère ? » Dit-elle à son fils. Louis XIII quitta promptement le palais sans un regard pour Richelieu ni même un mot. La reine-mère et ses partisans semblaient remporter une précieuse victoire. Le soir même, Louis XIII convoqua Richelieu à Versailles. Au cours de leur entretien, il dit au cardinal :

Je suis plus attaché à mon État qu’à ma mère. 

Richelieu présenta sa démission aussitôt refusée par le roi. Louis XIII avait tranché en faveur du cardinal.

Le 11 novembre 1630, Louis XIII fit le ménage dans son entourage. Il emprisonna Michel de Marillac et son frère Louis, fit exiler sa mère, la reine Marie de Médicis, à Compiègne en février 1631. Elle s’en échappa plus tard pour gagner les Pays-Bas espagnols et y mourut le 3 juillet 1642. La guerre de Trente ans ne prit fin qu’en 1648 quand furent signés les traités de Westphalie qui transformèrent profondément et durablement les rapports politiques et religieux entre les puissances européennes. 

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