Les derniers jours de sainte Jeanne d’Arc – Procès de Rouen

Bonjour, je vous emmène au XVe siècle en pleine Guerre de Cent Ans. Le 23 mai 1430, après avoir héroïquement guerroyé pour bouter l’anglais hors de France, Jeanne d’Arc est capturée à Compiègne, sur la rive droite de l’Oise, par les Bourguignons. La ville, relevant du diocèse de Beauvais, était sous l’autorité de son évêque Pierre Cauchon, ex-recteur de l’Université de Paris ou encore négociateur de l’inique traité de Troyes. L’Université de Paris, alors aux mains des anglo-Bourguignons, lui somma de se rendre au camp de Compiègne pour demander à Jean de Luxembourg, le chef des Bourguignons, de l’offrir au nom du roi d’Angleterre pour 6000 livres. L’évêque Cauchon, acquis à la cause anglaise depuis longtemps, s’y rendit et un accord fut trouvé. Jeanne d’Arc sera finalement livrée pour 10 000 livres tournois. Détenue à Beaurevoir près de Compiègne depuis le 11 juillet 1430, puis à Crotoy dans la Somme, elle finit par être incarcérée à Rouen la veille de Noël 1430. En janvier 1431, débutait son procès qui allait durer 5 mois. Comment s’est-il déroulé ? Quelles en furent les conséquences ? C’est ce que nous allons voir. Bon épisode. 

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Après presque deux mois d’instruction au cours desquels des enquêtes furent menées dans son pays à Domremy, le 21 février 1431 s’ouvrit la première audience publique. Sans chefs d’inculpation véritables, ils durent en trouver coûte que coûte. Elle fut donc suspectée de pratiquer la sorcellerie, d’être une blasphématrice, d’être idolâtre, de se vêtir en homme, de vouloir combattre au nom de Dieu, de prétendre prédire certains événements futurs, comme la victoire des Français et de refuser de se soumettre aux hommes d’Église. Rien que ça ! Pour l’évêque Cauchon, Jeanne ne pouvait être qu’hérétique car si ses Voix étaient véritablement divines alors Charles VII était le vrai roi de France et le roi d’Angleterre un usurpateur. Par conséquent, Pierre Cauchon, qui avait épousé la cause anglaise, aurait dû admettre qu’il avait trahi son roi. Jeanne, qui comparaissait sans avocat, âgée de seulement 19 ans et ignorante en droit, pouvait compter sur les Voix de l’Archange Saint-Michel, de Sainte Marguerite d’Antioche et de Sainte Ca therine d’Alexandrie pour l’inspirer face aux nombreux hommes d’Église, théologiens et juristes rompus à l’exercice. Ce procès était un simulacre de justice. Elle fut gardée en prison anglaise en tant que prisonnière de guerre alors qu’il s’agissait d’un procès en hérésie et par conséquent elle aurait dû être envoyée en prison d’Église gardée aux conditions plus douces et par des femmes. La Pucelle étonnait, et c’est peu dire, par son aplomb et son sens de la répartie. Avant chaque début d’audience, quand l’évêque Cauchon lui demanda de jurer sur les Évangiles elle lui répondit :

« Je ne sais sur quoi vous me voulez interroger. Par aventure, me pourriez-vous demander telles choses que je ne vous dirais point.” 

ou quand il lui demanda de réciter un Pater, elle répondait avec habileté et charité :

“Entendez-moi en confession, et je vous le dirai volontiers”

Jeanne, par cette réponse incroyable, rappela à l’évêque qu’avant d’être un juge il était avant tout un prêtre et un évêque. Au fil des audiences, Jeanne fixait le cadre, maîtrisait l’interrogatoire, imposait son rythme et déjouait les pièges qu’on lui tendait comme lorsque Jean Beaupère lui demanda si elle pensait être en la grâce de Dieu. Elle répondit sans détour : 

« Si je n’y suis, Dieu m’y mette ; et si j’y suis, Dieu m’y tienne. Je serais la plus dolente du monde si je savais n’être pas en la grâce de Dieu. Et, si j’étais en péché, je crois que la voix ne viendrait pas à moi. »

Si elle avait répondu “oui”, ils l’auraient accusée d’orgueil et si elle avait répondu “non” de pécheresse. Les juges restèrent bouche-bée. Quand ils lui demandèrent si elle était assurée d’aller au royaume de Paradis comme ses Voix le lui avaient assurée, elle répondit sans frémir : 

« Je crois fermement ce que mes voix m’ont dit, que je serais sauvée, aussi fermement que si j’y étais déjà. »

Le 24 mai 1431, Jeanne, après avoir proclamé la veille qu’elle préférait la mort plutôt que de se rétracter, dans un moment de faiblesse face au bûcher qui avait été dressé pour elle dans le cimetière près de l’abbaye de Saint-Ouen pour l’effrayer, elle abjura et déclara s’en remettre à l’autorité de l’Église. Elle fut alors condamnée à la prison perpétuelle. Pour la première fois, elle reprit ses habits de femme. Quatre jours plus tard, alors que ses juges allèrent lui rendre visite dans sa geôle, elle avait repris l’habit d’homme et quand on lui demanda si elle croyait toujours à ses révélations, elle répondit que ses Voix lui avait reprochée sa trahison. Elle annonça aussitôt rejeter son abjuration extorquée dans un moment de faiblesse. Pour l’évêque Cauchon, le rechute dans l’hérésie était indéniable. Elle fut condamnée comme hérétique-relapse et confiée au bras séculier. Le matin du 30 mai 1431, Jeanne reçut la visite de frère Martin Ladvenu pour se confesser et pour communier. Puis, lentement, elle se dirigea vers le lieu de son supplice, sur la place du Vieux-Marché à Rouen. Elle demanda une croix. Un Anglais lui en tailla une petite du bout d’un bâton. Elle la reçut, la baisa et la mit tout près de son coeur. 

« Ah ! Rouen ! j’ai grand-peur que tu n’aies à souffrir de ma mort ! »

Puis elle demanda qu’on lui en tienne une autre élevée devant ses yeux. Le bûcher s’embrasa. 

« Je ne suis ni une hérétique ni une schismatique… Oh ! saints du Paradis ! saint Michel ! sainte Catherine ! sainte Marguerite ! Mes voix furent de Dieu. Tout ce que j’ai fait fut de l’ordre de Dieu. Mes révélations étaient de Dieu… Jésus ! »

Jeanne avait regagné le Ciel. Lorsqu’elle avait invoqué le nom de Jésus, un soldat anglais était présent devant le bûcher, il fut frappé de stupeur et tomba en extase. Quant au bourreau, pris d’une extraordinaire repentance, craignit d’être damné parce qu’il avait brûlé une sainte disait-il. Le corps de Jeanne fut entièrement consumé à l’exception, et ce malgré l’huile, le charbon et le soufre qui lui furent appliqués, de son coeur qui demeura intact et plein de sang. 

En 1456, faisant suite aux demandes d’Isabelle Romée, la mère de Jeanne, le pape Calixte III ordonna la révision du procès de Rouen et le 7 juillet de la même année, le procès et ses conclusions furent déclarés nuls, non avenus, sans valeur ni effet. Jeanne d’Arc fut canonisée en 1920 par le pape Benoît XV. Elle demeure une des saintes patronnes de la France.

 

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