Grève de 1229 à l’Université de Paris

Bonjour, je vous emmène au XIIIe siècle, en plein cœur du quartier latin à Paris. Grâce à son université, la capitale du royaume jouit d’une aura intellectuelle importante dans toute l’Europe, en raison notamment de l’enseignement de la matière reine : la théologie. Nous sommes en mars 1229, en plein Mardi Gras. Alors que les étudiants se désaltèrent, souvent plus que de raison, dans les tavernes du faubourg Saint-Marcel, soudain une bagarre éclate entre un tavernier et des étudiants. La cause ? L’augmentation trop importante, selon les étudiants, du prix du vin. Plutôt le bruit excessif et les outrances selon le tavernier. Les bagarres ont lieu toute la nuit, puis le lendemain, certains reviennent pour se venger, tout le quartier s’enflamme rapidement. Savez-vous quelles ont été les répercussions de cet événement ? Non, je vous explique.

Mais avant de vous raconter cette histoire, notre histoire, je veux vous dire que vous pouvez soutenir mon travail sur l’histoire de France en commandant un livre de ma maison d’édition ou en faisant simplement un don, pour en savoir plus, cliquez sur les liens en description de cette vidéo. Merci.

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    Au XIIIe siècle, les cours universitaires ne se déroulaient pas dans de magnifiques bâtiments comme nous le connaissons aujourd’hui. Les professeurs exercaient leur matière très souvent chez eux avec leurs élèves. Tirant ses origines dès le XIIe siècle, l’Université de Paris reçut sa charte officielle de la part de l’Église vers l’année 1200. Sous l’autorité et gérée par l’Église, les étudiants étaient considérés comme des clercs, portant ainsi la robe et se rasant le sommet du crâne. Ils suivaient les lois et les règles de l’Église, aucunement celles des tribunaux du roi. Revenons à notre histoire. Le 27 mars 1229, le quartier latin était en feu. Les étudiants qui avaient été jetés par le tavernier la veille revinrent le lendemain armés de bâtons et après avoir frappés plusieurs personnes présentes, ils détruisirent l’établissement. La violence se poursuivit dans les autres rues où d’autres commerces connurent le même sort. Relevant de la justice ecclésiastique, de nombreuses plaintes furent portées aux tribunaux ecclésiastiques qui restaient dans un premier temps prudents. La régente, reine et mère du futur Saint Louis exigea que les coupables soient châtiés, l’Université autorisa alors les sergents royaux, sorte de police municipale, de les punir. Plutôt que de rechercher les responsables pour les châtier, les sergents s’en prirent aux étudiants de façon arbitraire, nullement responsables des violences. La répression des sergents fut telle que certains en périront, frappés à mort ou jetés dans la Seine. Face à cette répression, vécue par l’Université comme un abus du pouvoir séculier, en solidarité avec les étudiants, les professeurs de l’Université de Paris se mirent immédiatement en grève. Après de tels incidents, les professeurs réclamèrent justice auprès de la reine-mère Blanche de Castille, il s’agissait d’une violation des privilèges de l’université car les étudiants dépendaient de la justice ecclésiastique. Face au refus de la reine, après s’être concertés en assemblée, les professeurs et les étudiants se mirent en cessatio, c’est-à-dire en grève, certains préférèrent s’exiler dans les autres prestigieuses universités européennes ou françaises. D’ailleurs le roi d’Angleterre, Henri III, ne s’y trompait pas, il profita de la grève française pour renforcer ses propres universités, comme Oxford ou Cambridge, en invitant les maîtres et les élèves grévistes. L’image de la prestigieuse ville universitaire qu’était Paris en pâtit grandement. Il fallut l’intervention du pape Grégoire IX, ancien élève de l’Université de Paris, pour aboutir à une issue favorable pour tout le monde.

    Le 13 avril 1231, après deux ans de grève et de négociation, le souverain pontife promulgua une bulle pontificale appelée Parens scientiarum (mère des sciences) dans laquelle le droit de grève fut accordé aux professeurs et les droits des étudiants furent garantis dans les cas suivants : Si la limitation dans la taxation des loyers pour les étudiants n’est pas respectée, si un professeur ou un étudiant est blessé ou tué et si aucune justice ne lui est rendue. Enfin, en cas d’arrestation abusive ou expéditive par le pouvoir royal, des étudiants ou des professeurs. Le privilège dont bénéficiait l’Université de Paris, à savoir le droit de grève lui permettant de bénéficier d’une réelle indépendance intellectuelle et juridique, ne se retrouvait pas dans les autres corps de métiers. Plus tard, la bulle fut considérée comme la charte fondatrice de l’université de Paris en raison de la garantie de son indépendance. Elle saura d’ailleurs en user et en abuser tout au long des siècles. En plus des droits et des devoirs des professeurs et des étudiants, la bulle du pape Grégoire IX va intégrer des modifications quant au contenu des enseignements. Désormais certains textes d’Aristote, autrefois interdits, pouvaient alors faire l’objet d’étude à part entière. Rassurés, les étudiants et professeurs exilés s’en retournèrent à Paris dans les mois qui suivirent la promulgation de la bulle pontificale.

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