Le gibet de Montfaucon

Bonjour, tout au long du Moyen Âge, les souverains, qu’ils soient seigneurs ou roi, avaient une manière de rendre la justice assez différente de la nôtre. Dès le XIe siècle, la Haute Justice du comté de Paris construit un édifice constitué de simples fourches patibulaires en bois sur lesquels les cadavres des condamnés à mort étaient exposés à la vue de tous les parisiens. L’objectif était clair : décourager ceux qui auraient la mauvaise idée de commettre un crime. La capitale comptait plusieurs endroits où se déroulaient les exécutions : le Pont-Neuf, dans les cours du Châtelet et du Palais de Justice, sur le parvis de Notre-Dame, dans le marché aux Pourceaux pour les hérétiques etc. L’édifice que je vais vous présenter fut le plus grand gibet des rois de France : le gibet de Montfaucon. Connaissez-vous ce haut lieu de justice aujourd’hui disparu ? Non, je vous explique. 

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    En 1027, un homme répondant au nom de Faucon, auxiliaire civil et militaire nommé auprès du comte d’Orléans Robert le Pieux, revendiquant le titre de Roi des Francs, est mentionné comme vicomte de Paris. Il avait pour charge le gibet du comté de Paris. Le gibet était alors en bois. Au XIIe siècle, le gibet, situé en dehors de Paris, sur le terrain d’un certain comte « Faucon », prend rapidement le nom de « Montfaucon ». 

    Le gibet de Montfaucon, dont la première mention date de 1188, est composé de piliers en haut desquels sont accrochés les condamnés. Il impressionne par la quantité de cadavres exposés : parfois jusqu’à 50 à la fois. La taille du gibet est proportionnelle à l’importance du statut du souverain : les ducs peuvent construire huit piliers, les comtes six, les barons quatre etc, seul le roi peut en ajouter autant qu’il le souhaite. Pour accéder au gibet de Montfaucon, le supplicié, habillé et coiffé pour l’occasion, avait les mains liées et était emmené à pied, à cheval ou en charrette par un lieutenant criminel, des sergents et des archers. L’exécution était vécue par les contemporains comme un véritable spectacle. Le condamné se rendait, vif mais parfois mort, sur le lieu de son supplice traîné sur une claie d’infamie, sorte de planche de bois, traîné par un cheval. 

    Avant d’arriver sur les lieux, une pause leur était accordée au couvent des Filles-Dieu. Ils devaient s’agenouiller devant un crucifix et le baiser. Un dernier repas leur était offert comprenant trois morceaux de pain béni et un verre de vin. Une fois arrivé, le condamné grimpait sur une échelle, posée sur la poutre qui lui était attribuée, le bourreau lui passait la corde au cou, descendait puis retirait l’échelle. L’édifice impressionnant reposait sur un vaste charnier où étaient jetés les cadavres décrochés faisant ainsi la place aux nouveaux suppliciés. Ces corps en putréfaction faisaient le bonheur des sorciers en tout genre qui, la nuit tombée, subtilisaient les restes humains nécessaires à la confection de leurs potions diaboliques. 

    Parmi les cadavres figuraient des suicidés, les corps d’individus exécutés ailleurs, ceux qui avaient été décapités étaient pendus dans un sac ou par les aisselles et ceux qui avaient été condamnés à mort par contumace avaient été pendus, remplacés symboliquement par des mannequins. Les corps des condamnés, privés de sépulture chrétienne, n’étaient, sauf cas exceptionnels, pas rendus aux familles.

    Au cours du règne de Philippe le Bel, le gibet de Montfaucon prend une toute autre dimension. C’est pour l’exécution de Enguerrand de Marigny, grand ministre accusé de piller les caisses du royaume, que le gibet passe de gibet traditionnel en bois à gibet de pierres. A la fin du XIVe siècle, sous Charles le Sage, une réforme permettant à tout condamné de se confesser est en cours mais le projet de loi sera annulé par le chancelier Pierre d’Orgemont. Il faudra attendre le 12 février 1396 pour voir le droit de se confesser accordé aux condamnés à mort grâce à l’intervention de Pierre de Craon. Un confesseur est affecté d’office à Montfaucon. L’odeur, à proximité du gibet, est tellement irrespirable qu’en 1532, quand Louise de Savoie, la mère du roi de France François Ier, décède au château de Saint-Maur, le roi ordonne que l’on nettoie les potences placées sur le trajet du convoi funéraire. Quelques années plus tard, en 1572, l’amiral de Coligny, le chef de file des protestants, décapité par les catholiques pendant la Saint-Barthélemy, resta longtemps suspendu au gibet par les pieds.

    Dès le XVIIe siècle, le gibet de Montfaucon tombe en désuétude, les dernières exécutions ont lieu vers 1629. En 1760, le gibet est entièrement détruit. 

     

     

     

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