La révolte manquée d’Étienne Marcel

Bonjour, au milieu du XIVe siècle, en 1358, alors que le roi de France Jean le Bon est retenu prisonnier par les Anglais à Londres, son fils, le dauphin Charles doit faire face à une insurrection des bourgeois de Paris menée par Étienne Marcel, le prévôt des marchands, fonction qui s’apparente à celle de maire aujourd’hui. La bourgeoisie parisienne va profiter de la faiblesse momentanée du pouvoir royal pour tenter d’en limiter son influence en cherchant à le contrôler. Le royaume de France, alors en pleine Guerre de Cent Ans, se remet difficilement de la terrible épidémie de peste qui a ravagé l’Europe il y a encore peu de temps. C’est au cours de cette période difficile que le roi et son fils Charles doivent affronter une rébellion qui fit presque basculer le pouvoir monarchique. Savez-vous comment s’est déroulée la révolte manquée d’Étienne Marcel ? Non ? Je vous explique. 

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    En 1355 et 1356, le roi de France Jean II le Bon réunit les États Généraux dans le but de résoudre la situation difficile que connaissent les finances publiques. La monnaie royale a perdu plus de 80% de sa valeur, fragilisant ainsi le commerce de la bourgeoisie et les rentes de la noblesse. Au même moment, le Prince Noir, le fils aîné du roi d’Angleterre, ravage le royaume de France. C’est au cours de la bataille de Poitiers, survenue le 19 septembre 1356, que le roi Jean est fait prisonnier par les Anglais. Au vue de la situation critique, les états généraux se réunissent dans la foulée le 17 octobre 1356. Le dauphin Charles, et désormais régent, dut y affronter de puissantes personnalités comme le prévôt Étienne Marcel, les amis de Charles II de Navarre, aussi appelé Charles le Mauvais, et Robert Le Coq l’évêque de Laon. Charles, entouré d’un conseil de douze représentants de chaque ordre, est nommé lieutenant du roi et défenseur du royaume en l’absence de Jean II le Bon.

    L’entourage du dauphin, dont fait partie Étienne Marcel et Robert Le Coq, commence à prendre de plus en plus de pouvoir au sein du gouvernement. Les deux hommes iront même jusqu’à libérer celui qui pouvait prétendre au trône de France et qui avait été incarcéré par le roi de France : Charles II de Navarre, et usant de leur ascendant indéniable sur le régent, ils réussiront à le faire réhabiliter. Craignant de voir la monarchie française contrôlée par le puissant Charles II de Navarre, Jean depuis sa prison londonienne désavoue son fils, qui avait faibli, ruinant ainsi le projet de renversement du pouvoir. Constatant l’échec de la voie législative, Étienne Marcel décide de parvenir à ses fins par la force. De sa prison dorée, Jean II le Bon décide de négocier immédiatement avec Édouard III, le roi d’Angleterre. Le traité de Londres, signé en janvier 1358, prévoyait pour la France l’abandon de sa souveraineté sur les anciennes possessions Plantagenêts et le paiement d’une énorme rançon à l’Angleterre. La cession aux Anglais de près d’un tiers du royaume de France par Jean le Bon eut pour conséquence de provoquer le soulèvement d’une partie de la population parisienne avec Étienne Marcel à leur tête. Le 22 février 1358, près de trois mille émeutiers, attisés par Étienne Marcel, se révoltent dans Paris. Soudain un groupe de Parisiens reconnaît Regnault d’Acy, l’un des négociateurs du traité de Londres, alors ils le poursuivent jusque dans une pâtisserie où il s’était réfugié et l’égorgèrent sur le champ. Une fois le forfait accompli, le groupe de Parisiens se dirigea vers le Palais de la Cité où logeait le régent, Charles, futur Charles V. Étienne, le prévôt des marchands, entra dans la chambre du dauphin, et après avoir assassiné deux de ses conseillers devant lui, l’obligea dans un premier temps à porter le chapeau rouge et bleu représentant les couleurs de Paris, et lui, se coiffa du chapeau du Dauphin. Sous la contrainte, le régent accepte de changer son conseil en y faisant entrer quatre bourgeois et en offrant  un commandement militaire à Charles le Mauvais. Étienne Marcel, qui avait épargné le dauphin pensant en faire sa marionnette, avait eu tort de le sous-estimer. Des États-Généraux sont à nouveau convoqués, en dehors de Paris cette fois-ci, à Provins, ce qui permit au dauphin de sortir de la ville et ainsi d’aller chercher le renfort nécessaire. 

    Le régent Charles réussit à encercler Paris par l’est, le sud et l’ouest avec l’aide d’une partie de la noblesse, mettant en péril l’économie de la ville. La capitale se met en état de siège. Étienne Marcel s’allie alors à des paysans excédés par la pression fiscale, menés par un certain Guillaume Carle, plus connu sous le nom de Jacques Bonhomme, ce qui donnera le nom de Jacquerie. Le 28 mai 1358, les exactions contre la noblesse de la part de ces milliers de paysans font rage au nord de Paris. Charles II de Navarre, qui a entre-temps rallié la noblesse, l’entente entre lui et le prévôt des marchands n’était plus, prend la tête de la répression et écrase la jacquerie dans un bain de sang avec l’aide de mercenaires anglais. Contrairement à ce qu’il espérait, la noblesse refusa de se rallier à Charles II de Navarre et maintient sa fidélité au dauphin Charles. De son côté le roi maintient le blocus de la ville depuis l’extérieur. Étienne Marcel cherche des appuis aux quatre coins du royaume sans grand succès, le prévôt peine à rallier des hommes à sa cause. Le destin du prévôt des marchands va basculer quand l’échevin Jean Maillard, appuyé par quelques soutiens de notables parisiens, va convaincre les bourgeois de Paris de demander l’aide du régent pour mettre fin à cette révolte sanglante. Le 31 juillet 1358, Étienne Marcel tente de se faire remettre les clés de la ville par Jean Maillard. Celui-ci refuse. L’échevin mobilise immédiatement la population parisienne qui se rua sur le prévôt et le massacra avec ses hommes. Le 1 août 1358, le dauphin Charles entre triomphalement dans Paris et après un pardon général, tous les bourgeois de Paris se rallient au futur Charles V.  

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