La croisade d’Aragon entre Philippe III le Hardi et Pierre III d’Aragon

Un conflit opposant la couronne de France et d’Aragon

Bonjour, à la fin du XIIIe siècle, sous le règne de Philippe III le Hardi, fils de Saint Louis, les relations entre le royaume d’Aragon et le royaume de France n’étaient pas au beau fixe. Charles d’Anjou, l’oncle du roi de France, avait, en 1266, fondé le royaume angevin de Sicile. Charles et sa cour régnait en maître sur l’île. D’un autre côté, la femme de Pierre III d’Aragon, Constance, fille de Manfred de Hohenstaufen, le précédent roi de Sicile, revendiquait une légitimité sur le trône de Sicile. Dès lors, les relations entre les deux couronnes, celles de France et d’Aragon, vont progressivement se détériorer. La couronne sicilienne était en jeu. En 1282, la révolte des habitants de Palerme contre des Français se finit dans un bain de sang. Les Français sont chassés de la ville et l’influence aragonaise s’installe dans la région. Cet événement est connu sous le nom de Vêpres Siciliennes. Quelque temps plus tard, la flotte catalane affronte et bat les hommes de Charles d’Anjou sur mer. Pierre III d’Aragon se proclame et se fait couronner roi de Sicile. Le conflit armé entre l’Aragon et la France est inévitable. Savez-vous comment s’est déroulée la croisade d’Aragon ? Non, je vous explique. 

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    Le conflit naissant va prendre le nom de croisade grâce au Pape Martin IV, d’origine française et ancien conseiller de Louis IX. Il était naturellement acquis à la cause capétienne d’autant plus que ces mêmes capétiens l’avaient aidé à anéantir l’influence des hommes de l’empereur du saint empire romain sur la péninsule italienne. Le royaume de Sicile était vassal du Saint-Siège, par conséquent, le pape Martin IV, après avoir excommunié Pierre III d’Aragon, retira la couronne d’Aragon à Pierre et la proposa à Charles de Valois, le fils du roi de France Philippe III. Pour mener à bien le combat contre la couronne aragonaise, Martin IV et Charles d’Anjou ont besoin de l’aide du roi de France. Mais la démarche est délicate. Le pape peut-il déposer les rois ? Lors d’une assemblée de barons, en novembre 1283 à Bourges, Philippe III le Hardi négocie, réfléchit, interroge et veut s’assurer que le pape accordera les mêmes indulgences que pour une croisade en Terre sainte par exemple. Martin IV échange avec le roi de France et exige simplement que Philippe III accepte la Couronne d’Aragon. 

    En février 1284, une nouvelle assemblée de barons a lieu à Paris. Philippe III le Hardi lit à haute voix les conditions proposées par le pape. Le 21 février, sur conseils des grands du royaume, le roi de France les accepte.

    « Vous nous avez donné un bon et fidèle conseil. Pour l’honneur de Dieu et Sainte Mère l’Eglise, nous nous chargerons de cette affaire aux conditions indiquées : nous acceptons », conclut le roi.

    Le roi de France Philippe III le Hardi affronte Pierre III d’Aragon

    La Couronne d’Aragon reviendra désormais à Charles de Valois, le quatrième fils du roi. Quelques mois plus tard, en 1285, les deux principaux protagonistes de la croisade en cours trépassent, en janvier pour Charles d’Anjou et en mars pour Martin IV. Philippe III le Hardi maintient malgré tout sa volonté d’en découdre avec Pierre III d’Aragon. 

    En mai 1285, l’armée de Philippe III le Hardi fait son entrée en Roussillon sans livrer de combats car le seigneur local les avait laissé entrer. De plus, le roi de France pouvait compter sur le soutien du roi de Majorque, le frère de Pierre d’Aragon. L’arrivée des troupes capétiennes ne se fit cependant pas sans heurts ; les habitants de la cité d’Elne se rebellèrent sans grands succès et durent subir les foudres du roi de France. Massacres, pillages et incendies furent de rigueur. Les troupes royales continuèrent leur route jusqu’à Gérone où elles mirent le siège le 26 juin 1285. Pierre III d’Aragon, pendant ce temps, fit en sorte d’anéantir les provisions des Français en détruisant les convois de nourriture. Mais l’initiative était insuffisante, Philippe III le Hardi réussit à mettre la main sur Gérone. 

    Le 28 avril 1285, le cardinal Jean Cholet, le légat du pape Martin IV, fit donation  du royaume d’Aragon à Charles de Valois. A défaut de couronne, Jean de Cholet posa son propre chapeau de cardinal sur la tête du nouveau roi. La postérité retiendra le surnom qu’il reçut de : « roi du chapeau ».

    La situation va malheureusement vite s’inverser pour la France lorsque l’amiral de Pierre III d’Aragon, Roger de Lauria, parvient à réduire à néant la flotte capétienne à la bataille navale des Formigues. S’ajoute à cette défaite, une épidémie de dysenterie qui était en train de ravager les chevaliers français. Atteint par la maladie, le roi de France Philippe III le Hardi, est contraint de lever le camp et laisse son fils, le futur Philippe IV le Bel, négocier avec Pierre III d’Aragon la possibilité, pour les membres de la famille royale, de passer à travers les Pyrénées. Philippe III le Hardi n’aura pas le temps de retrouver sa capitale puisqu’il succombe le 5 octobre 1285 au palais des rois de Majorque à Perpignan. Il avait 40 ans. 

    Les funérailles eurent lieu dans la cathédrale de Narbonne, ses chairs furent déposées dans un mausolée, détruit à la Révolution. Ses ossements, eux, furent envoyés à la nécropole royale de Saint-Denis quant à ses entrailles, elles furent données à une abbaye normande. Le 11 novembre 1285, ce sera au tour de Pierre III d’Aragon de rendre son âme à Dieu. La croisade d’Aragon, qui coûta une fortune au royaume de France, trouva son épilogue le 20 juin 1295 quand, à l’initiative du pape Boniface VIII, le traité de paix d’Anagni fut signé entre le roi d’Aragon et la maison d’Anjou-Sicile, mettant ainsi fin à la guerre opposant la couronne d’Aragon à la France.

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