La création de l’ordre des Templiers

En l’an de grâce 1095, le pape Urbain II proclame la croisade en Terre sainte lors d’un concile à Clermont. L’objectif est clair : repousser les Infidèles musulmans de Terre sainte pour permettre aux pèlerins chrétiens d’effectuer le voyage sur le tombeau du Christ en toute sécurité. Les chevaliers d’Occident répondirent en masse à l’appel du pape. Quatre ans plus tard, en 1099, ceux qui se feront plus tard appelés les croisés, remportent une victoire franche sur les Turcs lors de la prise de Jérusalem. Les francs deviennent maîtres de la ville sainte. Une fois leur mission remplie, les chevaliers rentrèrent sur leurs fiefs d’Occident. Il fallait pourtant veiller sur ces États latins, fraîchement fondés, contre toutes tentatives de reconquêtes ennemis. Godefroy de Bouillon, l’avoué du Saint Sépulcre, crée immédiatement, avec quelques chevaliers de la croisade, l‘ordre religieux des chanoines du Saint Sépulcre dans le but de protéger non seulement le lieu saint mais aussi de faire vivre la liturgie du sanctuaire. L‘ordre des chanoines du Saint Sépulcre préfigurent en quelque sorte le futur ordre religieux et militaire du Temple. Dans quel contexte cet ordre du Temple vit-il le jour ? Je vous explique. 

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    Dès l’année 1113, l’ordre des Hospitaliers ou l’ordre de Saint Jean de Jérusalem, remplit deux fonctions : soigner les pèlerins arrivant d’Occident, et les défendre contre les brigands rencontrés sur leur route. Cinq ans plus tard, en 1118, l’idée d’une milice du Christ voit le jour. Elle aura pour fonction de ne s’occuper que de l’aspect militaire de protection des chanoines du Saint-Sépulcre et des pèlerins. Désormais, chaque ordre jouera un rôle bien déterminé : les chanoines s’occupent des affaires liturgiques, l’ordre de l’Hôpital des fonctions charitables et la milice du Christ de la fonction militaire. Le 23 janvier 1120, lors du concile de Naplouse, la milice des Pauvres Chevaliers du Christ, appelée aussi les pauvres chevaliers du Temple de Salomon, vit le jour à l’initiative d’Hugues de Payns et de Godefroy de Saint-Omer, accompagné de huit chevaliers francs. Les chevaliers de cette milice, qui viennent d’élire Hugues de Payns comme premier maître de l’organisation, prononcèrent trois vœux religieux :  celui de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, et suivirent les usages des chanoines. 

    La militia christi (la milice du Christ) comme elle se faisait appeler à l’époque,  reçut du patriarche Gormond de Picquigny, la mission de sécuriser le voyage des pèlerins chrétiens venant d’Occident et de défendre les États latins d’Orient des ennemis du Christ. Le roi de Jérusalem, Baudouin II, pour appuyer leur initiative, leur offrit en guise de quartier général, une partie de son palais de Jérusalem appelée le “Temple de Salomon”.  C’est de là que provient le nom de Templiers ou de chevaliers du Temple. La notoriété et la légitimité de l’ordre du Temple était bien installé en Terre sainte mais peinait à en franchir les frontières. C’est la raison pour laquelle Hugues de Payns, et cinq autres chevaliers, en 1127, mirent les voiles en direction de l’Occident dans le but de faire reconnaître l’organisation par le pape Honorius II, de lui donner une règle monastique, et de recruter de nouveaux chevaliers. Ils profitèrent de leur voyage pour entreprendre une tournée de recrutement qui passa par l’Anjou, le Poitou, la Normandie, la Flandre et encore la Champagne. Leur tournée leur permit également de récolter de nombreux dons à travers l’Europe chrétienne. Ces donations en argent ou en nature leur étaient nécessaires pour créer un réseau de commanderies, pour leur fournir des chevaux, des hommes, nécessaires pour l’action en Terre sainte. 

    L’ordre du Temple reçut son approbation définitive le 13 janvier 1129, lors du concile de Troyes, sollicité par le pape Honorius II, auquel participaient entre autres Hugues de Payns et les siens. Pour appuyer leurs revendications auprès du pape, les chevaliers du Temple avaient préalablement transmis une lettre du roi de Jérusalem à saint Bernard, le puissant et respecté abbé de Clairvaux, dans l’espoir que celui-ci défende leur cause auprès du souverain pontife. Ce fut chose faite. Il fut décrété, à l’issue du concile, que l’ordre du Temple adopta la règle de saint Benoît à laquelle s’ajoutèrent quelques emprunts à la règle de saint Augustin. Il ne restait plus qu’à soumettre cette décision à Étienne de Chartres, le patriarche de Jérusalem. Grâce à l’éloge que saint Bernard fit de l’ordre du Temple, la nouvelle organisation militaire et religieuse connut un développement important et rapide. Les preux chevaliers afffluaient de tout part pour s’illustrer au combat et ainsi espérer faire leur salut. 

    Pour entrer dans l’Ordre, nul besoin d’être membre de la noblesse. Des hommes de toutes origines et de toutes conditions pouvaient en faire partie. Les chevaliers issus de la noblesse portaient le manteau blanc, symbole de pureté de corps et de chasteté. Les sergents, issus de la paysannerie, portaient un manteau de bure. La croix apposée sur leur vêtement indiquait leur appartenance à la chrétienté quand la couleur rouge évoquait le sang du Christ.

    Hugues de Payns sera à la tête de l’ordre du Temple pendant presque vingt ans jusqu’à sa mort en Terre sainte en 1136. Robert de Craon prit la suite comme second maître de l’ordre du Temple. Ainsi débuta cet ordre militaire et religieux qui allait écrire les plus belles pages de notre histoire militaire médiévale. 

     

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