L’affaire du collier de la reine

La reine Marie-Antoinette d’Autriche victime d’une escroquerie ?

Bonjour, l’histoire que je vais vous raconter prend ses racines sous le règne de Louis XV en plein XVIIIe siècle. En 1772, le roi de France souhaite faire plaisir à sa maîtresse, Madame du Barry, en lui offrant un collier somptueux. Pour le fabriquer, deux joailliers allemands réputés, Boehmer et Bassenge, sont sollicités. La demande du roi est si extravagante que les deux joailliers sont contraints de s’endetter pour réunir quelque 650 diamants d’une pureté rare. Mais Louis XV meurt avant la livraison du collier. En 1778, les deux joailliers, endettés jusqu’au cou, se retrouvent avec une pièce d’une grande beauté entre les mains. Ils vont alors proposer le collier à la nouvelle reine de France, Marie-Antoinette, pour la somme astronomique de 1 600 000 livres. C’est ainsi que débute l’affaire dite du collier de la reine, mais la connaissez-vous ? Non, je vous explique. 

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    Un cardinal et une pseudo comtesse derrière l’affaire

    Nos deux joailliers de la Couronne sont désespérés. Comment vont-ils bien pouvoir vendre un tel objet ? Et surtout à qui ? En 1782, ils le proposent à Louis XVI, qui en fin connaisseur en matière de pierreries envisage de l’offrir à la reine mais celle-ci le refuse considérant qu’une telle somme serait bien mieux employée à la construction d’un navire de guerre. Boehmer et Bassenge, à la réputation internationale, le proposent à des souverains étrangers sans plus de succès. Deux protagonistes vont alors entrer en jeu. Le premier est le cardinal de Rohan, grand aumônier de France et ambassadeur à Vienne. Le prélat français entretenait des relations exécrables avec l’impératrice d’Autriche Marie-Thérèse, la mère de Marie-Antoinette. La vie dissolue du prélat à Vienne exaspérait l’impératrice si bien qu’elle demanda à la France de le rappeler. Le cardinal n’avait plus les faveurs de Marie-Antoinette, sur les conseils de sa mère, la reine de France l’écarta de son entourage. Le cardinal de Rohan vivait si mal cette disgrâce qu’il était prêt à tout pour retrouver la confiance de la reine. C’est à ce moment qu’entre en jeu la deuxième protagoniste de cette histoire : la pseudo-comtesse Jeanne de la Motte, pseudo car même si elle descendait du roi Henri II de Valois, elle avait, avec son mari Nicolas de la Motte, usurpé le titre de comte. Désargentée, Jeanne de la Motte se mêle à la Cour, et se fait présenter le cardinal de Rohan à qui elle réussit à soutirer de grosses sommes d’argent. Femme de peu de vertus et encore moins de scrupules, Jeanne de la Motte parvient à convaincre le cardinal qu’elle est une intime de la reine, qu’elle l’a rencontrée à plusieurs reprises et qu’elle peut lui permettre un retour en grâce. Le cardinal de Rohan est aux anges ! Pour y parvenir, la fausse comtesse met en place un scénario des plus improbables. Le 11 août 1784, Jeanne de la Motte organise une rencontre nocturne dans le bosquet dit de la Reine avec une certaine Mlle d’Essigny qui avait la particularité et la réputation à la Cour de ressembler comme deux gouttes d’eau à la reine Marie-Antoinette, et le cardinal de Rohan. La comédienne d’un soir, qui avait accepté de jouer ce jeu en échange d’une coquette somme d’argent, est habillée comme une reine et a le visage quelque peu dissimulé. La fausse reine rassure le cardinal : sa disgrâce ne sera plus qu’un mauvais souvenir, lui dit-elle. Pour parfaire son escroquerie, le lendemain, Jeanne de la Motte fait parvenir au cardinal une lettre de la reine signée de sa propre main “Marie-Antoinette de France”. Sauf que la reine ne signe que par son prénom. Malgré tout, Jeanne a gagné l’entière confiance du cardinal de Rohan. 

    Le 28 décembre 1784, Jeanne de la Motte entre en contact avec les deux joailliers endettés. Se présentant comme une proche de la reine, elle leur propose de tout faire pour convaincre la reine d’acheter le bijou mais en passant par un prête-nom. Immédiatement le cardinal reçoit une lettre provenant soi-disant de la reine Marie-Antoinette lui demandant d’acquérir le bijou à sa place, car un bijou d’une telle somme risquerait de salir son image. La reine s’engageait bien entendu à lui restituer cet argent en quatre paiements. Le 1er février 1785, au comble du bonheur de retrouver prochainement les faveurs de la reine, le cardinal de Rohan accepte et signe quatre traites de paiement. Le cardinal se fait livrer le collier, le remet à Mme de la Motte qui, elle, devait le donner à la reine. Le piège se referme. La reine, étrangère à toute cette affaire, ne reçoit bien évidemment jamais le collier et Jeanne, accompagnée d’un complice, revend les pierres précieuses à travers l’Europe. Le 1er août 1785, lors du paiement de la première échéance, les deux floués, le cardinal et les deux joailliers, constatent non seulement que la reine ne porte pas le collier mais que le paiement ne vient pas. Le joaillier Böhmer, dans une lettre adressée à la reine, évoque le collier mais Marie-Antoinette n’y prête pas attention. Böhmer s’en étonne et en fait part à Mme Campan, la femme de chambre de la reine. Marie-Antoinette découvre, médusée, les détails de l’affaire et surtout ce qu’attendent d’elle les deux joailliers. L’affaire éclate. Le 15 août 1785, juste avant de célébrer la messe de l’Assomption, le cardinal de Rohan est convoqué par le roi, et est sommé de s’expliquer en présence de la reine. Il est arrêté à la sortie de l’entrevue au sein de la galerie des Glaces devant toute la Cour et emprisonné à la Bastille. 

    En mai 1786, jugé au Parlement de Paris, le cardinal de Rohan est acquitté. La prétendue comtesse de la Motte est arrêtée, jugée et condamnée à la prison à perpétuité. Son mari est condamné aux galères à perpétuité par contumace et son complice est banni du royaume. Pour couronner l’humiliation, Jeanne de la Motte sera marquée au fer rouge de la lettre V, signifiant Voleuse. Même si elle est reconnue innocente, la reine ne sortira pas indemne de cette histoire. Ses détracteurs l’accusent d’avoir voulu la perte du cardinal qu’elle détestait tant. Ce scandale, qui nourrit bon nombre de pamphlets, aura une part de responsabilité dans le déclenchement de la Révolution française et dans la chute de la monarchie française. 

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