L’affaire de la tour de Nesle – Philippe IV le Bel

Bonjour, au cours de son règne, Philippe IV le bel a déployé une énergie considérable pour affermir l’autorité et le pouvoir royal. En 1314, le roi de France, dont la santé décline doucement, entend bien en finir avec l’ordre du Temple. Ce sera chose faite en mars de la même année. Comme si cela ne suffisait pas, en 1314, une affaire de mœurs éclate au sein même de la famille royale française. Quels sont les protagonistes ? Le roi de France a marié ses trois fils : Louis de Navarre, Philippe de Poitiers et Charles de la Marche à des princesses descendantes de Saint Louis. Marguerite de Bourgogne, reine de Navarre, épousa Louis, les deux sœurs Jeanne et Blanche de Bourgogne, épousèrent Philippe et Charles. Isabelle, la fille du roi de France, est quant à elle mariée au roi d’Angleterre Edouard II. La monarchie s’ébranle lorsque des accusations d’adultère sont proférées à l’encontre des belles-filles du roi. Connaissez-vous l’origine et les conséquences de ce scandale d’Etat ? Non, je vous explique.

    Recevez les missives des éditions catholiques et royales dans vostre boîte aux lettres !



    Philippe le Bel, grâce à ces judicieux mariages, attendait, comme le royaume tout entier d’ailleurs, une descendance nombreuse assurant ainsi le devenir de la monarchie capétienne. Mais au soir de sa vie, le roi Philippe constatait avec tristesse que ses belles-filles étaient plus intéressées par les plaisirs du monde que par la volonté d’offrir une belle descendance au royaume. A la cour austère de Philippe le Bel, à l’initiative des jeunes femmes, on y joue de la musique, on reçoit des marchands d’étoffes et de parfums précieux. Des trois épouses, Marguerite et Blanche étaient les plus frivoles. De plus, Marguerite, la très belle et intelligente épouse du prince Louis, ne s’entendait guère avec son époux et Blanche, l’épouse de Charles, appréciait peu la tiédeur de son mari. C’est dans ce contexte que va naître le plus grand scandale du règne de Philippe IV le Bel. 

    Les deux jeunes femmes, Marguerite et Blanche, entretiennent avec les deux frères Gautier et Philippe d’Aunay une relation adultère, les couples illégitimes se voient en cachette dans la tour de Nesle face au Louvre. Jeanne, la troisième épouse, plus sage, ne participe pas à ces rencontres amorales mais les couvre par son silence. Les rencontres interdites vont durer deux ans et demi. Les rumeurs sur les mœurs légères des princesses vont bon train à la cour mais sans preuves personne ne peut les condamner officiellement. Tout va basculer lorsque le roi d’Angleterre Edouard II et sa femme Isabelle, la fille de Philippe IV le Bel, rendent visite au roi de France au printemps 1314. Isabelle, qui aurait offert à ses belles-soeurs Marguerite et Blanche des aumônières brodées, remarque à sa plus grande surprise que deux jeunes seigneurs les portaient à leur ceinture. La reine d’Angleterre s’interroge. Pourquoi ces jeunes chevaliers portent-ils à leur ceinture les mêmes bourses que celles offertes à Marguerite et à Blanche ? Isabelle mène immédiatement son enquête. Une fois les preuves établies, la reine d’Angleterre entre dans une grande colère : la Cour de France abriterait des princesses infidèles ! Elle demande une audience à son père le roi de France alors présent au château de Maubuisson. Les accusations d’Isabelle, sa fille, sont lourdes. Il fait mener, en secret, une enquête pour éclaircir le dossier. Les conclusions sont accablantes. Marguerite entretiendrait une relation avec son amant Philippe d’Aunay, et Blanche avec son  frère Gautier. Philippe le Bel se retrouve face à un dilemme. D’un côté, punir les coupables entraînerait un potentiel scandale qui éclabousserait inévitablement la famille royale. D’un autre côté, ne rien faire risquerait de mettre en doute la légitimité de sa descendance. La justice royale va s’abattre sur les coupables. En pleine nuit, Marguerite, Jeanne et Blanche de Bourgogne sont arrêtées. Nous sommes au début de l’année 1314. Au même moment, les frères d’Aunay sont soumis à la question sous d’atroces souffrances.

    Accablés de douleur, les chevaliers Philippe et Gautier finissent par avouer être les amants des princesses Marguerite et Blanche. Leur crime était impardonnable. En droit féodal, l’adultère commis avec la femme de son seigneur était considéré comme un crime de haute trahison, puni de mort. Si les femmes en question sont en plus de sang royal, vous ajoutez le crime de lèse-majesté. Face aux conséquences de tels aveux, les deux femmes s’effondrent de chagrin et finissent elles aussi par avouer leur faute. Seule Jeanne proteste et nie toute responsabilité dans cette histoire. Elle demande audience au roi Philippe, celui-ci lui permettra de se défendre devant un tribunal mais pour l’heure, en attendant son jugement, elle est enfermée dans le château de Dourdan. Quant aux deux princesses adultères, elles sont jugées et condamnées à la prison à vie dans des conditions sordides : elles sont dépouillées de leurs vêtements, tondues (châtiment qui était réservé aux femmes adultères), habillées de vêtement de bure puis conduites dans un chariot au cachot des Andelys.

    Le sort réservé aux chevaliers Gautier et Philippe fut des plus redoutables. Ils sont émasculés, écorchés vifs, décapités puis pendus à un gibet par les aisselles. Les exécutions ont été à la hauteur d’un tel scandale. Au-delà de l’acte, que la morale réprouve, la couronne de France ne pouvait se permettre le risque d’un doute sur la légitimité du futur souverain. 

    A la mort de Philippe IV le Bel, survenue le 29 novembre 1314, les princesses adultères sont transférées à Château-Gaillard où elles devront supporter les affres du froid et de l’humidité. La situation est inédite car Marguerite, toujours l’épouse de Louis, devenu Louis X le Hutin, croupit toujours en prison. La Providence va régler rapidement la situation puisque Marguerite de Bourgogne rendit son âme le 30 avril 1315. Blanche, alors âgée de dix-neuf ans en 1315, va croupir huit terribles années dans son cachot. Charles devenu Charles IV en 1322, n’a aucune pitié pour son épouse. Il fera d’ailleurs tout pour obtenir la dissolution de son mariage, ce qu’il obtiendra le 19 mai 1322 par le pape Jean XXII. Blanche finit ses jours comme pénitente, au couvent, à l’abbaye de Maubuisson. Le sort de Jeanne, qui n’avait pas trahi son époux mais avait été seulement complice, sera plus honorable. Le 25 décembre 1314, elle est reconnue innocente par le Parlement de Paris, elle peut donc quitter sa prison du château de Dourdan. La voilà libre, le jour de Noël. Quand son époux, Philippe, futur Philippe V le Long, devient roi de France  le 9 janvier 1317, Jeanne devient reine de France.

    La fin du règne de Philippe IV le Bel fut marquée par ce terrible scandale d’Etat, prélude de la disparition imminente de la branche directe des Capétiens.

      Recevez les missives des éditions catholiques et royales dans vostre boîte aux lettres !